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COURS FOREST

15 mars 2016 par Jolie Foulee

Chez Jolie Foulée, nous n’avons pas le budget pour aller courir au bout du monde. Du coup on s’arrange avec nos copains à l’autre bout du monde pour qu’ils racontent comment c’est la course à pied là-bas. Se coulant des jours paisibles à Portland, l’ami Basile est sorti de son beau lit pour une sortie à Forrest Park. Récit.

Basile a couru beaucoup de 10k dans sa vie, plusieurs semi-marathons et quelques marathons, dont un en moins de 3h30. Bref il a pas mal de kilomètres au compteur. Il est violet (foncé) sur Nike+. C’est pas un rigolo ! Et il se range sans complexes dans la catégorie des malades qui ont besoin de leur sortie hebdomadaire pour ne pas péter un plomb. Sauf que l’an dernier il a été diagnostiqué cliniquement mort pour la course à pied par son neurologue. La faute à un problème de vertèbres dont on lui a parlé comme s’il était un étudiant en médecine et qu’il ne comprend encore pas très bien aujourd’hui, si ce n’est que la douleur se situe entre C5 et C6 et que ça lui colle des fourmis dans les bras plutôt que dans les jambes. La blessure est une réalité. Mais elle est difficile à accepter. Cette nouvelle l’a classé dans la catégorie des vétérans qui rejoignent la longue liste des victimes de la course à pied, ces mecs qui passent leur temps à parler de leurs corps meurtri. Il s’est senti comme ces sportifs professionnels à qui on annonce que leur carrière est finie. Il s’est senti comme Stallone dans Rocky 5, c’est dire s’il s’est senti mal. Il s’est senti vieux. On a tous un ami qui a des problèmes de genoux qui le font souffrir tous les jours, pire que s’il était un ancien joueur NBA mais sans les bagues de champion. Et on n’a pas envie de devenir comme notre ami. Alors qu’est-ce qui reste à Basile ? La brasse n’est pas recommandée. Le vélo non plus… Le yoga ? Le tarot ?

fracture Forest Park

C’était sans compter sa kiné qui l’a remis sur pieds, plus rassurante, et qui lui confirmé qu’il pourrait recourir, mais plutôt dans les bois que sur route. Alors il a continué religieusement ses exercices de posture et il a prié quotidiennement, sans se mettre à genoux (pour respecter le cartilage). Récemment il est parti aux Etats-Unis pour son travail. Il vit maintenant à Portland bien connu pour son Kale, sa weed, ses hipsters, ses strip-bars et ses cyclo-nudistes. Portland est également perdu au milieu de la nature, au pied de Mt Hood. Comme l’a très bien dit un autre adepte du trail bien connu, Jean Ferrat, Ah Dieu, que la montagne est belle ! Aujourd’hui Basile a dompté la nature et a fait de Forest Park son nouveau Parc Montsouris. Il y savoure les joies du trail chaque week-end. Pour lui, le trail n’a rien à voir avec le running traditionnel. Il y a d’abord une toute autre flore. Courir entre les arbres plutôt qu’entre les pots d’échappement, c’est autre chose. C’est une vraie expérience qui se situe quelque part entre Gorilles dans la Brûme et The Revenant. On s’attend à se faire attaquer par un ours au moindre virage. Car il ne faut pas se méprendre : la nature est hostile. Parfois la nature nous fait comprendre qu’on n’est pas les bienvenus. Il y a aussi une toute autre faune. Les coureurs qu’on y croise sont des sortes de participants à Koh Lanta. Ils sont plus secs, moins propres que les runners bien élevés qu’on trouve en ville. Attention hein on ne parle pas des runners scatos qui font le Mud Day. On parle de vrais runners, farouches, qui sont retournés à l’état animal au contact de la nature. Ils sont d’ailleurs souvent accompagnés, voir devancés, par leur chien. Il s’agit d’une espère rare. Si vous avez de la chance vous pourrez peut-être en apercevoir un ou deux, au loin. Pour le runner des bois, le look ne compte plus. À la différence de tous ces jeunes coureurs urbains qui courent un 10k comme on participe à un défilé de mode, le runner des bois il a un Camelbak dans le dos. Son allure ne respecte aucune des règles stylistiques qu’on peut lire dans GQ. Certains portent même des bandanas ! Et vont chercher leurs enfants à l’école en vélo la nouille à l’air.

keep portland weird keep portland weird  Forest Park Forest Park

Globalement le trail est moins violent sur les articulations. C’est comme jouer au tennis sur gazon. Comme dirait Pascal Legitimus dans les Trois Frères en parlant de la bourse : ça monte ça descend… c’est jamais pareil. Il y a aussi beaucoup de changements de rythme, ce qui vous rappellera des bons souvenirs si vous faisiez du bi-cross dans les bois étant petit. C’est donc bon pour le cardio. Et on n’a pas l’impression de se faire chier comme au Parc Monceau. Les repères sont différents : on va dans moins vite. On peut courir 2h sans s’arrêter et ne faire que 2km sur la carte. Mais c’est pas grave parce que dans les bois, peu importe où vous êtes la star c’est vous! On apprend à vivre sans musique. On réapprend à courir au rythme de sa respiration et aux chants des oiseaux. On se sent libre. On apprécie le silence. Y’a pas que les jambes qui s’évadent, l’esprit aussi. Comme quoi il est possible de réussir à méditer sans chanter des mantras à la con. Et puis dans les bois on vit des émotions uniques. Parce que c’est puissant de courir dans la nature. Pour reprendre le discours de Leonardo di Caprio, let’s not take the planet for granted. Chaque week-end on y vit des moments magnifiques, qui resteront à jamais gravés dans la mémoire d’un sportif. On est le témoin de scènes exceptionnelles qui pourront être partagées fièrement plus tard avec des petits enfants qui eux n’auront jamais la chance de savoir ce que c’est que la nature. On fonce sur les sentiers tout en prenant le temps de savourer. On est reconnaissant de pouvoir se promener dans les bois pendant que le loup n’y est pas. Ébloui par tant de beauté, on a envie de crier son bonheur aux écureuils. On repense aux légendes du trail : Nicolas Hulot, à Alain Bougrain-Dubourg. On court totalement submergé par l’émotion, les yeux noyés de larmes et aveuglés par un soleil naissant. On est l’invité VIP d’un spectacle magnifique qui ne s’offre qu’à ceux qui parviennent à se lever à 6h du matin un samedi. Parce que le trail ça se mérite hein. Faut pas croire.

Mais attention, c’est pas de la rigolade. On ne court pas pour cueillir les champignons. Ça se tire la bourre. Ce matin là Basile avait un runner aux fesses… son souffle rauque de bête sauvage dans son dos. Le mec se rapproche. Ça grimpe. Basile est dans le dur. Il le sent. Le mec l’encourage ! Mais rien à foutre des encouragements de ce connard. Basile va pas se faire endormir. L’Américain a peut être jamais entendu parler du Paris-Versailles, mais il risque pas d’apprendre la vie à Basile. Il met la pression mais Basile n’a jamais laissé passer ce tocard. Plutôt crever. On comprend que le trail est réservé à une certaine catégorie de runners romantiques. En résumé, le trail c’est une très belle machine à laver qui vous rince, vous lave de vos pêchés, de votre stress et de vos burgers frites. Comme l’a très bien décrit the Oatmeal. C’est une révélation pour Basile qui a finalement toujours plus été un running rat des champs qu’un running rat des villes. Après toutes ces années, il se sent enfin libre. Et puis simplement il recourt. Il n’a plus mal au dos. Il a 35 ans. Il est en pleine forme. Et il a bien l’intention de mourir en courant, comme Molière.

Forest ParkForest Park Forest Park Forest Park Forest Park

Ce qu’on aime chez notre pote Basile, c’est qu’il est meilleur en ciné qu’en course à pied. Il court, mais surtout il commente des films sur le principal concurrent d’Allociné: explicationdefilm.com. Courez vite y faire un tour !

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