ITW PAU CAPELL: UN BOUT DE PAU

Jeudi 27 août 2020, les rues de Chamonix sont inhabituellement vides pour cette fin d’été.

Crise de la Covid-19 oblige, l’événement tant attendu de la planète Trail, l’UTMB, fait lui aussi partie des nombreuses courses annulées.

Pas d’UTMB, mais il en faut plus pour décourager le nouvel animal du trail, Pau Capell,  brillant vainqueur de l’édition 2019 en 20H19,  qui s’est lancé un pari aussi ambitieux que de faire boire du Gin à Jean en soirée: réaliser le tour du Mont Blanc en moins de 20 heures. #Breaking20

Après avoir suivi le catalan dans sa tentative et couru un tronçon du parcours à ses côtés, nous avons pu interviewer Pau pour cibler un peu mieux le personnage.

Nous retrouvons Pau les yeux encore embués d’émotions pour une interview express dans le chalet Buff, 10 heures après avoir fini son petit tour alpin.

Le port du masque est de rigueur, bonne nouvelle pour le catalan qui n’aura pas à subir l’haleine anisée de Jean.

INTERVIEW

Pau, il y a quelques heures encore, tu arrivais dans les rues de Chamonix, bouclant les 170 kilomètres autour du Mont Blanc avec, pour t’acclamer, une foule très nombreuse. Comment te sens-tu par rapport à cette expérience ?

Bien évidemment je me sens fatigué, mais cette expérience a été, je pense, la meilleure de ma vie. Ce n’était pas une course officielle mais j’ai voulu la courir pleinement et partager ça avec mes amis, ma famille et tous les gens autour de moi. Lorsqu’on est athlète, c’est un soutien énorme.

Ce n’est pas une course officielle en effet, selon toi y a-t-il une  différence entre courir avec et sans compétiteurs ?

Oui, une très grosse même. Sur ce projet, l’idée était de courir sans
« adversaire ». Lorsque tu es en course, tu as tendance à pousser plus, ou à l’inverse essayer de contrôler davantage ton « pace » . Hier, je regardais ma montre toutes les 10 minutes pour savoir si j’étais dans les temps. Je n’avais pas de référence sur quelqu’un d’autre donc c’était très compliqué pour moi de ne pas courir contre quelqu’un, mais contre moi-même.

Donc tu as plus de pression ?

Oui c’est certain, tous les regards sont braqués sur toi… Alors qu’en course, les spectateurs sont là pour tout le monde donc c’est plus simple de se concentrer sur son propre ressenti.

Tu vois, cette pression par exemple du regard sur soi et de l’attente des autres juste avant de partir sur la ligne de départ et lorsque j’étais dans mon chalet, et bien je la sentais vraiment !

Ces dernières semaines, tous les médias se sont mis à en parler, sur les réseaux sociaux également. Moi, je voulais simplement essayer de faire de mon mieux et ne pas décevoir mes proches, c’est surtout pour ça que je me suis senti sous pression.

Après, si tu prends le moment où je m’avance sur la ligne de départ : « whouaou » tous ces gens qui m’attendaient pour me voir partir, c’était dingue et formidable. Je crois vraiment que la pression fait partie du job et c’est aussi pour vivre des moments comme ceux-là que je cours.

Si tu as ce genre de pression, c’est aussi car tu sais que le support des autres est immense.

Durant la course, ton team était là pour toi, que ce soit sur les ravitaillements, mais aussi pour courir avec toi, question de sécurité, mais nous avons aussi vu beaucoup de monde faire un bout de course dans ton sillon. L’as-tu vu, ressenti ?

Oui, sur les chemins beaucoup de monde était derrière moi. A Saint-Gervais par exemple, sur mon premier ravito, il devait y avoir 100 personnes pour me voir ! Je me souviens m’être dit en arrivant là « Mais qu’est ce que c’est que tout ça ! » – il rit. Le fait que des gens extérieurs à mon équipe aient couru avec moi m’a vraiment donné un élan de motivation supplémentaire.

Tu me parles de ravitaillement justement.. tu aurais des tapas à nous conseiller pour nos prochaines courses ?

Ecoute, ça dépend vraiment des tapas que tu veux – il rit. Personnellement, j’adore les tapas et j’en mange en course. Le jambon ibérique c’est génial, j’en ai mangé hier. C’est hyper important pour moi d’avoir ce genre de nourriture aux « help stations » car c’est une source de plaisir.

cc Jordi Saragossa!

Pau dernière question : selon toi, quelle est la définition d’une jolie foulée ?

Pour moi, une jolie foulée c’est celle de François D’Haene. Quand tu vois François courir, tu te dis « Il n’est pas rapide du tout lui », mais lorsque tu es aux coudes à coudes avec lui, tu te rends compte qu’il va très vite et surtout c’est très propre – il rit.

Pour la petite histoire, Pau aura mis 21H17 pour venir à bout des 170 km et 10000 D+  qui tournent et montent autour du Mont-Blanc… Pas mal.