On a soumis Sébastien Lorsbach au test de l’interview untalented et autant dire qu’il avait besoin de se confier. L’homme est allé au Kenya on ne sait combien de fois pour shooter des coureurs, lui qui ne court jamais, évidemment. Soutenu par Distance et Adidas à l’occasion de la sortie de la Hyperboost, il en revient cette fois avec GLOBAL, un livre et un court-métrage qui condensent toutes ces années à arpenter les pistes rouges kényanes, objectif en main. Sa vision d’un pays, d’une culture, et des femmes qui en sont l’âme. Chapeau bas, Seb.
WARM UP
Présente-toi, ce que t’as envie qu’on sache.
Je m’appelle Sébastien Lorsbach j’ai 31 ans je suis né à Marseille, où j’ai passé le plus clair de mon temps au mythique bowl du Prado avec mon BMX et donc à documenter tout ça avec ma caméra. Aujourd’hui c’est devenu mon activité de tous les jours (l’image, pas le BMX…).
C’est quoi ton sport à la base ?
En général, une fois par an je ressors mon vélo, je me dirige au skate park de mon quartier et c’est tout simplement la douche froide… Comme tout le monde, je fais de l’escalade et parfois je vais courir, quel sport de chien sérieux !
Dernier truc vraiment sportif que t’as fait et c’était quoi comme sensation ?
C’était la Marseille Cassis en 2025, c’est marrant car j’ai plus de souvenir des paysages de la Gineste en voiture dans mon enfance que le jour où je les ai traversés en courant. Sinon super sensations, un temps honorable de 1:50:17 pour une préparation plus que douteuse.
UNTALENTED
C’est quoi pour toi un untalented runner ?
Vous nous avez bien niqué avec ce slogan, moi tout ce que je vois ce sont des gens qui vont courir à 6h du mat et à l’occasion ils portent leur Oakley à l’envers une pinte à la main ! Finalement ça ne change pas grand-chose de quand je faisais du BMX, le monde entier est peut-être untalented !
T’as commencé à fréquenter le running comment, par conviction ou parce que Jolie Foulée t’a embarqué ?
Un jour de malchance, j’ai rencontré ce diable de Fracture, il voulait shooter un projet en Bretagne « j’irai courir chez vous ». Il n’y a eu qu’un seul épisode, mais beaucoup d’autres projets !
T’as passé des années à photographier des runners. T’as l’impression d’être dans ce monde ou juste autour ?
Par la force des choses, aujourd’hui je suis reconnu comme un photographe de running. Je pense que je gravite autour de ce monde car j’en apprécie la plupart des acteurs et que j’y retrouve un aspect communautaire que j’aimais bien dans le BMX. Je suis juste content d’être là et de proposer mon point de vue sur ce que courir représente actuellement.
Y’a un mec que t’as photographié sur une ligne de départ en te disant « lui il a le même niveau que moi » et tu t’es aperçu que c’était un monstre ? Raconte.
Je n’ai pas vraiment les capacités de pouvoir avancer de tels propos ahah ! Par contre il y a des gens qui m’ont vachement impressionné par leur mental, je pense à Cédric qui se fait embarquer chaque année dans des histoires pas possibles de marathon, je pense à Jean et sa relation particulière avec la TDS.
T’as un équipement running, une paire de shoes que t’as achetée sans jamais courir dedans ? C’était quoi l’excuse que tu t’as donné à ta meuf ?
J’ai une paire que je porte régulièrement, les moc Salomon et ce sont des chaussures de « récupération ». Quelle récupération ? Aucune idée. Ma meuf les déteste et ça la fait beaucoup rire de dire à nos amis que ce sont mes chaussures de récupération…
Le marathon, le trail, l’ultra, y’a un format que tu regardes de loin en te disant « ça peut-être un jour » sachant que tu pars de loin ?
Je te remercie… Si je devais choisir, je pense que je me verrais bien sûr sur un trail, j’ai l’impression d’apprécier les longues distances. C’est peut-être juste une impression.
Quelqu’un t’a déjà dit « t’es pas fait pour filmer ça » ou tu te l’es dit toi-même ?
On ne me l’a jamais vraiment dit, en revanche j’ai toujours eu une sensibilité pour le monde de la mode et la publicité, mais quand tu as une étiquette c’est dur d’en sortir. Je ne désespère pas, d’ailleurs j’essaye toujours de travailler mes images avec une certaine approche artistique. Quand je travaille, j’essaye toujours d’être le plus discret possible et je pense que cela apporte de la force à l’image. Je ne suis pas forcément quelqu’un qui dirige, mais je pense que je suis plutôt bon pour mettre en avant une situation spontanée.
Le jour où t’as arrêté de te sentir imposteur dans ce monde, ça a été quoi le déclic ? Ou t’es encore dedans ?
Je n’ai jamais fait d’études dans la vidéo ou la photo, je pense sincèrement que le plus important vient de sa créativité personnelle et forcément des gens et du monde qui nous entoure. Étrangement, à mes débuts je fonçais tête baissée, c’est seulement quelques années après que j’ai commencé à me poser la question de la légitimité, mais j’imagine que si les gens m’appellent et continuent de vouloir travailler avec moi, c’est que je dois bien avoir ma place dans ce bas monde. Finalement, le plus compliqué c’est d’arriver à perdurer et d’être en accord avec soi-même !
GLOBAL
GLOBAL c’est un film sur le Kenya, le running, les femmes mais c’est vraiment sur quoi pour toi ?
Ce premier épisode parle donc du Kenya et de la condition des femmes dans le Running au Kenya, cela s’est fait de manière naturelle, il s’agit juste du récit spontané de Agnes, même si je pense que l’on peut transposer cette histoire un peu partout dans le monde. Mais c’est aussi, je l’espère, une suite de documentaires que j’aimerais réaliser dans différentes disciplines, pas exclusivement dans le sport. Il y a déjà quelques discussions en cours, mais si vous voulez postuler, nous pouvons en discuter !
Agnes Jebet, recordwoman du monde, championne du monde de cross. La première fois que tu l’as vue courir en vrai, t’as ressenti quoi ?
En réalité, ce n’est pas juste la première fois que j’ai vu Agnes courir, il s’agit surtout de la première fois que je suis allé au Kenya et que j’ai vu tout ce monde uni autour de la course à pied, leur approche de ce sport et la nécessité qu’ils ont pratiqué ce sport ! Finalement Agnes est le personnage principal de ce film, mais ses paroles parlent au nom de toute une génération de coureuses.

La place des femmes dans le running kenyan, c’est quoi ce que t’as vu que les gens ne savent pas ?
Je ne sais pas si les gens ne le savent pas, mais durant mon premier voyage j’ai assisté à un cross en mémoire d’une athlète victime d’un féminicide pour des raisons obscures d’argent, de jalousie et de folie j’imagine. Durant mes autres voyage au Kenya, j’ai rencontré beaucoup de gens et d’associations mises en place sur place, notamment « Tirop’s Angel » fondée en partie par Joan Chelimo qui fait un travail d’accompagnement remarquable avec les femmes victimes de violences conjugales.
Y’a une image dans le film dont t’es le plus fier. C’est laquelle ?
Globalement je suis content de toutes les images, c’était une première pour moi de filmer à la pellicule, et visiblement il n’y a pas eu trop de ratés. Si vraiment je devais retenir une seule image, je pense que ce serait cette vue sur sur la piste de Kamariny stadium, de loin j’avais vraiment l’impression de voir un manège avec tous ces gens qui tournaient sans cesse en rond.
Je pense que je devais être à peu près à 300m à vol d’oiseau avec la piste face à moi et la Rift vallée sur la gauche avec le lever du soleil et le chant des oiseaux. Franchement, je pourrais retourner indéfiniment au Kenya pour revivre ce genre de moment.



Les kenyans parlent anglais. On connait ton niveau légendaire dans la langue de Shakespeare, c’était quoi le quiproquo le plus ouf ?
Yeah, I see what you mean. probablement le jour où j’ai demandé à quelqu’un ce que ça représente pour lui de vivre à Iten au milieu de cette effervescence de la course à pied et qu’il m’a répondu « tu peux acheter des chaussures à la boutique du centre-ville ». Ça doit probablement venir de mon accent… ou peut-être qu’il voulait que je le découvre par moi-même ! Pas bête.
KILOMÈTRE BONUS
Si Jolie Foulée te demande de courir à nouveau Marseille-Cassis tu dis oui ?
Sans hésiter !
Le prochain projet après GLOBAL c’est quoi ?
Hors projet professionnel, probablement un épisode 2 de Global ! J’ai vraiment envie de suivre quelqu’un sur une année complète, si possible quelqu’un qui skie l’hiver et qui surf/skate l’été. Mais oui, continuer à faire vivre ce projet !
T’as déjà une image dans la tête que t’as pas encore réussi à faire ?
J’ai plein d’images en tête que je voudrais réaliser, pour le moment j’estime n’avoir encore jamais vraiment exploité mon potentiel à fond, plus j’avance et plus mes envies et ma créativité évoluent. Je ne dénigre pas du tout mon parcours, j’en suis même très fier mais je sais que je peux aller encore plus loin, je dois juste trouver le moyen de mettre tout cela en place à ma manière !
Merci à notre Lorsbach pour son temps et ses mots. Le livre GLOBAL est disponible chez Distance, 20€ c’est donné ! La adidas Hyperboost est disponible chez Distance également mais c’est un peu plus cher !

















































































