Aire Libre

INTERVIEW AIRE LIBRE : PARTIE 2

29 mars 2016 par Jérémie Roturier

Après une première partie d’interview haletante, replongez dans l’aventure d’Aire Libre. Les secrets de leur projet sont révélés avec la suite de notre entretien exclusif.

Aire Libre

Et qu’est-ce-qui les a motivé à se farcir 90kms en plein cagnard, escortés par deux types avec des mitraillettes ?
Il y a un an environ, alors qu’on commençait déjà à planifier tout ça, un ami que j’ai en commun avec Knox, un mec des US qui travaille chez Nike, me dit “Knox a prévu de venir au Mexique en Décembre, il compte y rester un mois”. Du coup, comme j’avais remarqué que Knox s’était lancé dans le trail, je lui ai envoyé un email pour lui expliquer le projet. Un long email, bien écrit, avec plein de détails, tu vois le truc. Et il m’a répondu avec une seule phrase : “Fuck yes, I’m so in!” Et donc ensuite il a convaincu Fred et Sean de venir également. Knox est littéralement tombé amoureux du projet, et de tout le concept derrière. Il voulait vraiment en faire partie. Il est maintenant impliqué dans tout ça avec nous. Il vit à New York, mais il nous aide avec son réseau. Et pour la prochaine aventure il va certainement venir aussi, et on l’espère, ramener d’autres runners de renommée pour courir avec nous.

« Cette aventure a été soutenue par… nous. »

D’ailleurs vous portez tous des produits Nike dans le film. Est-ce-que Nike vous a soutenu dans ce projet ou vous êtes allés faire les soldes ?
Non. Cette aventure a été soutenue par… nous. L’argent a été apporté par moi, par Daniel. Nike a une forte présence par le biais de Knox et Fred qui, il me semble, sont en quelques sortes sponsorisés par Nike pour les produits. Mais maintenant qu’on a sorti un pilote, on se lance à la recherche de partenaires. Des marques, des institutions qui souhaiteraient s’associer au projet, et qui pourraient nous soutenir pour que l’on puisse continuer tout ça.

C’est quoi votre objectif ultime ? En faire votre job principal ?
On a tous cette idée en tête, que ça se développe jusqu’au point où on puisse s’y consacrer à 100%. Ce serait parfait. Ce serait le rêve. Parce-que ce qui me rend vraiment heureux, c’est d’être dehors, de faire ce genre de trucs de fou.

“Ils se sont pointés et ils n’ont jamais réussi à faire fonctionner leur drone.”

On a organisé le 1er Raid International Jolie Foulée, donc on peut dire que l’orga ça nous connaît. Qu’est-ce-qui était le plus compliqué à organiser ?
En fait le plus délicat pour nous c’est que personne n’avait jamais fait ce run auparavant. Ce n’était pas une course, ça ne ressemblait à rien de ce qui existe. Le parcours en lui-même, le fait d’être dans une zone complètement reculée étaient le plus compliqué à gérer. On a prévu de courir de la ville d’El Desemboque jusqu’à la plage de Bahia de Kino, sur une piste qui nous était totalement inconnue. Heureusement que le père d’Emmanuel qui connaît bien la région était là pour nous conseiller. Il nous a recommandé plein d’endroits que l’on pouvait explorer. On a aussi eu pas mal de galères pour tourner le film. On a payé ces types du bled du coin, pour qu’ils filment avec un drone. En vrai on a merdé parce-que ces mecs n’étaient pas professionnels du tout. Ils se sont pointés et ils n’ont jamais réussi à faire fonctionner leur drone. Du coup on s’est retrouvé avec ces deux touristes assis dans le pick-up avec leur drone, à nous suivre pendant 12 heures sans rien faire. À perdre leur temps.

La prochaine fois si vous avez besoin de conseils de pros, n’hésitez pas. Qu’est-ce qui était le plus dur pendant le run ?
La distance ! Le moment où on a dépassé les 60 kilomètres. Du départ au km 60, c’était que du chemin et c’était quasiment tout plat. Après c’était une route. Et jusqu’à Bahia de Kino ça ne faisait que monter. Du coup pour chacun d’entre nous c’était là que c’était le plus dur. À la fois physiquement et mentalement. On a été que trois à arriver au bout. Sean et Fred, entre les kilomètres 70 et 80, ils ont carrément explosé. Ils ont explosé après une montée qui faisait entre 5 et 7 km de long. Dans cette montée, on courait côte à côte avec Fred. Et alors qu’on était presque arrivé au sommet,  il me dit “je ne peux pas continuer”. Il a dit ça avec une telle détermination, que j’ai tout de suite compris que ça ne servait à rien d’insister.

« On était complètement cramé, et on ne savait même pas combien de distance on devait encore courir. »

Aucune volonté…
À partir de ce moment on a tous commencé à être complètement déconnecté de la réalité. Et puis on n’avait pas d’idée exacte de la distance qu’il nous restait à parcourir. Parce-que tout ce qu’on a pu calculer, c’est à partir d’estimations faites via Google Earth. On était capable de se dire, ça fait à peu près 86 km. On avait juste une vague idée. On était donc complètement cuit, et on ne savait même pas combien de distance on devait encore courir. Et c’était vraiment dingue parce-qu’à ce moment là, le chef des Siris qui s’appelle El Chapito, est monté dans la voiture pour nous a accompagner jusqu’à la fin. On n’était pas bien. Sean et Fred avaient déjà lâché, et on luttait avec Emme et Knox. Même la famille d’Emmanuel nous disait “Hey les gars, c’est super ce que vous avez fait là. Vous devriez vous arrêter, courir 80km c’est énorme déjà.” Ils se rendaient bien compte à travers notre regard et nos gueules que ça allait mal. Et donc à ce moment-là, ce Chapito descend de la voiture et se met à chanter, à danser pour nous donner une sorte d’énergie positive juste en faisant ces mouvements bizarres. C’était magique. Je me tourne alors vers Knox et lui demande “Hey mec, qu’est-ce-qu’on fait ?”. Et Knox, avec la même détermination que Fred plus tôt, me répond “Tu vois mon pote, il n’y a pas moyen que je m’arrête avant l’océan.” Et ça ne laissait plus aucun doute. “Fuck yes!”

Comment avez-vous filmé tout ça ? À l’iPhone ?
Avec un Canon 5D. C’est Daniel qui a tout géré. Il était à l’arrière du pick-up qui nous suivait pour filmer. C’était vraiment difficile pour lui, puisque comme la majeure partie du parcours était des chemins, il a failli se péter le dos à plusieurs reprises. Et puis ça a été un vrai challenge pour lui parce-que c’était impossible de préparer le shoot. Impossible de choisir les bons angles ou de nous faire repasser à un endroit précis. Et je pense que ce qui fait la différence également au final, c’est la chanson qu’il a choisi. Elle est juste parfaite. Pendant qu’il shootait les images, il l’avait déjà en tête et savait que c’était la bonne.

C’est bien beau tout ça, mais c’est quoi la suite maintenant ?
Notre prochaine grosse aventure sera d’explorer la région de Yucatan. Ça va représenter plus de 100km mais on va certainement le faire en deux jours. On prévoit ça au mois de Juillet. Et en attendant, on doit continuer l’entraînement. On pense se faire la plus haute montagne autour de Mexico City, et on a plusieurs trails de prévu aussi. Et puis, on va publier du contenu sur le blog régulièrement. Ce week-end on a un trail de 30km dans la jungle au Sud du Mexique.
Et au delà-de ça, on a besoin d’aide sur pour continuer à faire vivre ce projet :
On a commencé à entrer en contact avec des institutions, des marques, des ONG, quiconque qui serait intéressé par le projet afin d’avoir des ressources pour le développer.
On veut mettre en place des partenariats stratégiques avec des medias et blogs, pour bénéficier de plus d’exposition.
On aimerait aussi intégrer davantage de contributeurs. Par exemple des rédacteurs pour le blog. En ce moment il y a une fille qui a été inspirée par notre aventure et qui nous a contacté pour écrire des articles sur le blog. C’est tout à fait ce qu’on recherche.

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Un grand merci à Mauricio et à tous les loustics d’Aire Libre pour avoir (enfin) réussi à créer quelque chose qui rend enfin hommage à ce noble sport qu’est la course à pied. Et promis, si on réussit à se démerder, on répondra à leur invitation pour les rejoindre sur une de leurs prochaines aventures.

 * L’interview s’est déroulée en Anglais le lundi 7 Mars, mais pour des raisons évidentes d’illétrisme, nous vous l’avons retranscrite en Français.

 

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About Jérémie Roturier

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