Aire Libre

INTERVIEW AIRE LIBRE : PARTIE 1

28 mars 2016 par Jérémie Roturier

On n’avait rien vu venir et on était tombé sur le cul. Basés au Mexique, les gars d’Aire Libre ont sorti le meilleur film de course à pied de 2016. Jaloux, nous avons tenu à mener l’enquête pour savoir qui ils étaient, comprendre leurs motivations, et surtout, voler leurs meilleures idées. Après quelques politesses échangées sur les réseaux sociaux, ils ont accepté notre demande d’interview. Lundi soir, 21h à Londres, 15h à Mexico City, Jérémie en caleçon sur la table à manger et Mauricio, chemise entre-ouverte au comptoir d’un café démarrent la discussion sur Skype. L’échange sera long et fourni. Entre barbus on se comprend.

Aire Libre

! Olà ! Comment ça va Mauricio ?
Salut Jolie Foulée ! Merci beaucoup pour la proposition d’interview et pour l’article sur Aire Libre. Ça nous a vraiment fait plaisir.

Bon, on va s’épargner les banalités. Qui se cache derrière Aire Libre ?
Alors on a créé le projet avec mes amis Emmanuel et Daniel. Nous sommes tous les trois des aventuriers et coureurs nés. On part toujours à la découverte de nouvelles choses, on recherche tous ce type d’aventures. Simplement parce-que c’est ce qui nous rend heureux et que ça nous aide à vivre nos vies comme on l’entend. Avec énormément d’énergie, de passion.

“Mettre le projet à nu et le laisser à disposition de tout le monde. C’est ça le concept.”

Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à créer le projet ?
On est arrivé à la conclusion que finalement, courir n’était pas seulement notre besoin personnel, mais celui de tout humain. Que tu coures 5kms ou 90kms, ça ne change rien. On sait que ça va rendre ta vie meilleure. On a donc démarré comme ça, avec l’objectif principal de partir faire des aventures, et de créer du contenu autour. Du contenu unique, esthétique et artistique. L’idée c’est de pouvoir inspirer les gens et les motiver à se lancer dans de tels projets. C’est la raison pour laquelle on s’est dit qu’on allait avoir besoin d’un site web. Parce-que tu peux avoir une vidéo, mais si tu ne fais que regarder la vidéo, tu vas passer à côté de toutes les informations qui vont t’être utiles pour te lancer. On avait besoin d’aller plus en profondeur, d’expliquer comment on s’entraîne, ce qu’on mange, où est-ce-qu’on fait ça… Juste mettre le projet à nu, et le laisser à disposition de tout le monde. C’est ça le concept.

À moins qu’on nous ait menti, il nous semble qu’il y aussi une certaine dimension sociale ?
Oui tout à fait, car au Mexique il y a toujours beaucoup de tribus indigènes qui sont marginalisées. Et trop souvent les gens n’ont même pas conscience qu’elles existent. C’est le cas des Siris, qui sont dans la vidéo. 90% des gens qui ont vu la vidéo n’avaient pas la moindre idée qu’une culture aussi riche existait. On a donc aussi vu ça comme une opportunité pour donner de l’exposition à ces tribus, et essayer de les aider à notre échelle. C’est la raison pour laquelle on a ajouté cette dimension sociale.

“Vous devez emmener avec vous deux membres de notre tribu qui vous accompagneront avec des mitraillettes.”

 Et comment êtes-vous rentrés en contact avec les Siris ?
Pour cette première aventure on a vraiment eu de la chance parce-que Emmanuel est originaire de l’Etat de Sonara, qui est au Nord du Mexique, et sa mère qui fait de la médecine alternative, a une relation très proche avec les Siris. On avait déjà une connection, donc c’était plus facile de commencer par ce projet. Parce-qu’en fait, la vérité c’est que tu ne peux pas juste te dire “allez, on part courir 90km dans le désert !”. Ces territoires que nous avons traversés, ils sont en quelques sortes dirigés par les Siris. Il n’y a pas vraiment de gouvernement là-bas. Personne ne s’en occupe vraiment. C’est un no man’s land. Les seuls qui décident ce sont les Siris. Et pour pouvoir traverser en sécurité, il faut leur permission. Du coup, trois semaines avant le départ, Emmanuel a dû se rendre sur place pour rencontrer leur chef. L’ancien de la tribu, qui est leur chef spirituel, un peu leur gourou, pour lui présenter nos idées et obtenir son accord. En réalité ils étaient super contents  de notre initiative, ils étaient là “Oh oui, c’est super ! Bien sûr vous pouvez traverser notre désert, vous avez tout notre soutien”

TOUT leur soutien ?
Oui, enfin ce qui est marrant c’est que cette région se trouve sur la côte Nord du Mexique, et là-bas il n’y a rien sauf le désert. Enfin presque… C’est aussi un des principaux passages de la drogue vers les États-Unis. Et ça peut se réveler extrêmement dangereux. C’est la raison pour laquelle, pendant cette réunion, les Siris ont dit à Emmanuel : “Ok, vous pouvez le faire. On est même très contents que vous vous lanciez dans cette aventure. Mais vous devez emmener avec vous deux membres de notre tribu qui vous accompagneront avec des mitraillettes.” 

« Ils ne sont jamais apparus… Et on n’a pas eu la moindre emmerde. »

Les Siris vous suivaient avec des mitraillettes pendant tout votre run ???
Oui, bon c’est ce qu’ils nous ont dit. C’est ce qui était sensé se passer. Donc Emmanuel revient à Mexico City, il nous debrief, et nous dit : “les gars, super nouvelle, les Siris ont adoré l’idée ! Ils tiennent vraiment à ce que l’on coure, ils vont organiser une célébration et tout. Par contre il y a juste une chose… Deux Siris avec des mitraillettes vont venir avec nous tout au long du run pour nous protéger.” Nous, on était là, stupéfaits : “whooooo c’est quoi ce bordel ?” C’était complètement malade. Mais on s’est dit : “Ok bon, fuck it ! On le fait quand même!” Et bizarrement, les Siris qui devaient nous escorter ne se sont jamais pointés au lieu de rencontre à Desemboque. On s’est dit du coup qu’on n’allait pas rester planté là à les attendre, alors on a commencé à courir en pensant qu’on allait les retrouver sur la route. Mais ils ne sont jamais apparus… Et on n’a pas eu la moindre emmerde.

Ça nous rappelle l’histoire que raconte Christopher McDougall dans son livre Born To Run avec les Tarahumaras.
Ah oui, ils ont dû vivre certaines choses similaires. En tout cas, on a appris une chose à travers ce projet, c’est que tu dois absolument avoir un point de contact local. On est en train de planifier notre prochaine aventure dans l’Etat de Yucatan, c’est dans le Sud tu vois. On sait qu’il y a une route qui existe, et qui traverse plusieurs villes indigènes. On fait nos recherches sur les distances, sur les lieux par lesquels on va passer, et en même temps on essaie de trouver des locaux avec qui on peut entrer en contact afin de faire ça ensemble.

Rien à voir, mais vous aviez du renfort pour cette première aventure. Comment Knox Robinson, Fred Goris et Sean Henry Lee se sont retrouvés embarqués dans cette galère ?
À l’origine, c’est une drôle de coincidence. En fait ici à Mexico City, je cours avec Juanson, un crew de running local composé de coureurs issus des milieux créatifs, comme les autres crews célèbres du style Run Dem Crew, Paris Running Club. Jusqu’il n’y a pas si longtemps, on n’avait pas vraiment notre propre identité. On a juste commencé à mettre une image sur ce crew. Et un des gars de Juanson m’a montré une fois le compte Instagram des Black Roses. J’ai commencé à le suivre car j’ai trouvé ça cool, et puis ensuite j’ai repéré @firstrun – Knox et je l’ai suivi également. Un jour j’ai vu sur insta que Knox était de passage au Mexique, alors je lui ai écris pour lui dire que s’il venait à Mexico City il n’avait qu’à me tenir au courant pour qu’on aille faire un run ensemble. Il a répondu, et du coup on les a emmené lui, Sean et Fred courir dans les rues de Mexico City. C’était vraiment un chouette run, je lui ai montré les meilleurs spots de la ville, et puis voilà. On est resté en contact et on est devenu amis.

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La suite au prochain épisode. Car sinon c’est trop long.

* L’interview s’est déroulée en Anglais le lundi 7 Mars, mais pour des raisons évidentes d’illétrisme, nous vous l’avons retranscrite en Français.

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About Jérémie Roturier

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