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CONFESSIONS D’UN TRAILEUR

26 juin 2017 par Jérémie Roturier

Chez  Jolie Foulée nous avons toujours voué une admiration particulière pour cette espèce à part de coureurs que sont les Traileurs. Si on s’est essayé plusieurs fois à l’exercice sur des distances de rigolos, ceux qui se butent sur plus de 50 kilomètres avec un dénivelé d’enculé sont pour nous une race à part. Et il se trouve justement que nous avons ce genre d’extra-terrestre dans notre entourage. Julien, ami de longue date qui a eu le malheur de se mettre à la course à pied il y a cinq ans, nous raconte son expérience sur le magnifique Trail des Crêtes, en Ariège, région que l’on connaissait surtout  pour son confit de canard et son armagnac.

Salut Julien, est-ce-que tu peux te présenter rapidement ?
Je suis membre du Running Val d’Hyrôme, un club de course à pied dans le Maine et Loire où l’on n’hésite pas à s’hydrater après les entraînements et les courses. Pour me situer politiquement dans la course à pied, je suis pour le cuissard avec un caleçon en dessous et contre la poche à eau dans le camelback. Je sais que ça m’isole dans les pelotons mais je préfère être franc. Je suis de confession traileur mais ne rechigne pas à me faire des courses sur route par-ci par-là histoire de dépasser les 11kms/h. Ce que je préfère dans le trail, c’est le saucisson aux ravitos et accessoirement les paysages que l’on traverse.

On s’est connu on était footballeur, à faire la fête jusqu’à plus soif, et maintenant on est tous les deux empêtré dans ces histoires de course à pied. Surtout toi puisque tu cours des Trails. Qu’est-ce-qu’il a bien pu se passer pour que tout parte en couille comme ça ?
C’était il y a 4 ou 5 ans, après un match de D3 sous la flotte où tu ramasses des tacles entre la cheville et la hanche. Je me suis dit qu’il était temps de raccrocher mes crampons et de chausser des chaussures de trail. Au début tu te massacres le mental sur des marathons où tu exploses au 20ème et au fur et à mesure je me suis rendu compte que je prenais gout au trail et à l’effort long.

Raconte-nous ce qui t’a poussé à t’inscrire au Trail des Crêtes en Ariège. Tu peux nous présenter cette course ?
C’est marrant parce-qu’un des potes que j’ai emmené à cette course m’a posé la même question au détour d’un ravito après 5h de course et je ne savais pas trop quoi répondre. Après reflexion, je vais te dire que j’ai de plus en plus de mal avec les courses commerciales type UTMB où t’es plus là pour remplir une case dans ton CV que d’assouvir ta passion de la course en nature. Ces courses se professionnalisent et le charme disparait à cause du tapage publicitaire. Comme dirait Emmanuel, c’est de la poudre de Perlimpimpin pour moi tout ça. Pour revenir à nos moutons, Le Trail des Crêtes de l’Ariège respire bon la montagne. C’est un 55kms avec 3800 mètres de dénivelé positif. Au départ à 7h,  on était 150 au max. Le parcours est vraiment magique avec de superbes cols à gravir, des descentes techniques et surtout une organisation aux petits oignons. T’as une bonne centaine de passionnés qui sont là toute la journée pour te ravitailler et te remonter le moral avec le sourire. C’est inoubliable.

Trail des Crêtes

Comment t’es-tu préparé à cette mission suicide et quel était ton objectif ?
Au niveau de la prépa rien de fantastique.
Environ 3-4 sorties par semaine et 1 séance de renforcement musculaire en salle. La particularité du traileur c’est que tu dois te manger des séances de côtes assez souvent et par chez nous ça peut vite être barbant parce-que pour cumuler du dénivelé tu dois répéter jusqu’à 30 fois la même ! Ca renforce le mental ! Ah oui et j’ai arrêté les bières 15 jours avant la courses. L’objectif était de finir en bon état.

Alors comment ça s’est passé ? Le soleil a un peu tapé sur la marmite non ?
Pour te faire un schéma de la course, tu pars pour 15 kms de montée avec des portions à 15-20% et je peux te garantir que ça bavarde pas trop. Dans la foulée, mécaniquement, tu te ramasses 11 kms de descente. Jusque là tout allait bien on était à la mi-course et les jambes étaient bonnes. Sur les coups de midi, on s’est fait une montée en plein soleil et c’est à ce moment que ma course a basculé. Je pense que j’ai pris un coup de chaud parce que je n’avais plus de forces d’un coup. A partir de ce coup de bambou, j’ai commencé à rentrer dans une période très dure de 4 heures où chaque kilomètre était une victoire. Je suis passé par tous les états mais je n’avais qu’une chose en tête à chaque fois : continuer à avancer pour rejoindre le ravito suivant. Tout le monde est dans le même bateau dans ces cas là et l’entraide entre les coureurs fait du bien. Tous ceux qui m’ont doublé m’ont proposé de l’eau et encouragé. Au bout de 10h20 je suis arrivé au dernier ravito où j’ai du me résoudre à arrêter. Pour l’anecdote, il y avait une barrière horaire à 10h donc je n’ai techniquement pas abandonné alors que mon pote ce faiblard est arrivé à 9h40 et a abandonné comme un lâche !

Sinon t’en penses quoi toi de la situation d’Hatem Ben Arfa au PSG ?
Il est temps pour lui de se mettre au trail mais j’ai peur qu’avec son mental de chips il ne fasse pas grand-chose de très intéressant.

Quel est ton meilleur souvenir de la course ? Et ton pire ?
C’est dur, y a tellement de beaux souvenirs. On va dire le chemin de crête après l’ascension du Mont Fourcat à 2000 mètres d’altitude. Le pire c’est la montée après le ravito de la chapelle au 35ème kilomètre. Les bénévoles t’annoncent une « petite montée et après ça redescend »…En vrai, tu te tapes 400 mètres de dénivelé en 1 kilomètre ! C’est un peu comme à la fin des repas en famille et que t’as la charlotte au chocolat qui arrive alors que t’as les dents du fond qui baignent : t’en veux plus !

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Admettons que grâce à toi nous voulons nous inscrire à l’édition de l’année prochaine, quelles sont les erreurs à ne pas commettre ?
Ne pas réserver un appartement avec une échelle pour monter dans les chambres. Malheureusement dans ce genre de course tu ne maitrises pas tout. Faut vraiment ne jamais faire monter le cardio parce que c’est long et ne jamais s’arrêter de se ravitailler. Mais oublie que c’est impossible, essaye !

Justement, un petit conseil hydratation et nutrition à nous donner ?
On lit beaucoup d’avis divergents sur la nutrition, les trucs à bannir comme le gluten, qu’il faut bouffer des pâtes pendant 1 semaine…pour moi c’est des foutaises. Mange normalement et boit normalement. Mon pote qui a fait finisher avait mangé une pizza aux magrets de canard avec une mousse au chocolat en dessert.

Tu as déjà de nouveaux objectifs en tête ?
Ouais revenir et la terminer avec vous.

On part de loin quand même… Une course plus abordable à nous recommender près de chez toi en Maine et Loire ?
Bien sûr ! Le Trail de l’Hyrôme le 5 novembre prochain. C’est la course que l’on organise et qui rassemble plus de 1400 coureurs sur 3 formats de course. Je vous lance l’invitation sur le 27kms car je suis sûr que même dans la boue une foulée peut être jolie !

Finalement, c’est quoi le plus difficile : être un Ultra du Stade Rennais ou être un coureur d’Ultra-Trail ?
Là t’es dans le jugement ! Tu sais depuis le départ de Monterrubio je ne me suis jamais vraiment remis. Maintenant géographiquement et par opportunisme je dis que je supportes le SCO, ça m’évite de devoir me justifier tout le temps.

Trail des Crêtes

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About Jérémie Roturier

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  •  » C’est un peu comme à la fin des repas en famille et que t’as la charlotte au chocolat qui arrive alors que t’as les dents du fond qui baignent : t’en veux plus ! » je confime
    mais il me fait bien envie ce trail quand même !

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