Brèves :

ITW ALASSAN ET SON 2:24:13 AU MARATHON DE BERLIN 2026

Par Thibaud Saint Bernard

BERLIN MARATHON 2026

Jamais licencié en club. 80 km par semaine maximum. Un psoas en vrac. Et pourtant, 2h24'13" au marathon de Berlin, nouveau record Jolie Foulée sur la distance. On a voulu comprendre comment c'était possible. Alassan nous a tout raconté, et on n'est pas sûrs d'être prêts à suivre ses conseils.

Alass, tu as gratté 4 min à ton précédent RP de 2023 à Berlin. Progression naturelle ou nouveautés à l'entraînement ?

Après mon sub-2h30 à Berlin, j'avais décidé de prendre ma retraite sur marathon. Cette année-là, je m'étais enfilé un enchaînement de prépas marathon (Londres en avril, Berlin en septembre) pour courir 2h32 puis 2h28, ce qui m'avait un peu beaucoup dégoûté des prépas longues.

Il m'a fallu trois ans pour en sortir et retenter ma chance sur la distance. Entre-temps, je n'ai pas coupé : j'ai fait descendre mon temps sur semi en passant sub-70, et surtout beaaaaucoup de trail (dont une CCC sous ampoules maaaxx) et du vélo. Une petite pause pro de deux ans m'a bien aidé à faire du volume. Pas forcément structuré, mais du volume.

Cette année, mon ami Vince, coach du groupe VMA, m'a offert ses services pour viser l'objectif initial : battre mon temps tout en continuant à s'envoyer des negronis l'été. Un cahier des charges exigeant.

Tu as pris le départ blessé. Comment es-tu allé chercher un RP avec des voyants au rouge ?

Début 2026, je me suis chopé une inflammation des fléchisseurs/psoas que j'ai bien galéré à soigner. La douleur est revenue pile sur ma dernière longue séance. Le timing, toujours impec'.

J'ai pris full ibuprofène pendant dix jours pour calmer l'inflammation, et un kiné allemand m'a doigté le psoas deux fois dans la semaine précédant la course pour faire sauter les trigger points. Une expérience que je recommande chaudement à tout le monde.

Dans ma tête, c'était réglé : la prépa était faite, j'allais me faire péter le caisson sur l'asphalte. Je savais aussi que la douleur ne se réveillait pas en courant, mais a posteriori. Ma seule vraie peur, c'était de compenser pendant la course et de finir en boitant. Ce qui n'est pas arrivé.

Tu as servi (malgré toi) de lièvre à un athlète international. Raconte.

J'ai eu le plaisir de courir aux côtés de Jan Frodeno, la légende de l'Ironman. Assez dingue, surtout que je ne m'en suis aperçu qu'au 5e kilomètre. Toute la foule l'haranguait et l'encourageait ; je ne pensais pas qu'il était aussi big en Allemagne. En gros, c'était comme courir avec Dorian Louvet (recordman de l'univers sur les majors en une année). Imaginez la chance.

Après avoir fait rigoureusement le lièvre pendant 35 bornes, l'athlète de 45 ans m'a fait péter "Auf Wiedersehen Jan". Il finit trente secondes devant moi. J'ai aussi rattrapé Marion Trapp vers le 17e. Je voulais finir première Française, ça m'a donné un extra boost.

Il y a toujours un truc qui ne se passe pas comme prévu sur marathon. À Berlin, ça a été quoi ?

Pas de big drama. Disons plutôt que j'ai pris deux « bets » qui, pour le coup, ont payé.

Le premier : pour éviter les galères que certains ont connues dans le sas dix minutes avant le départ, je m'y suis glissé très tôt, genre 25 minutes avant. Je ne voulais pas me retrouver à stresser pour rentrer dedans last-minute. Conséquence : échauffement famélique, dix minutes de footing puis 25 minutes debout à poireauter. Le cœur est donc monté assez vite au pistolet.

Le deuxième vrai gros pari, c'est au 4e kilomètre. Je vois déjà des trous de 30-40 mètres se former entre les coureurs à ces allures. J'étais dans un groupe que je trouvais un poil lent pour mon objectif, autour de 3'26, et un groupe plus rapide s'était formé devant, avec Jan Frodeno en pare-vent de luxe. J'ai décidé de faire l'effort pour les rejoindre, en me disant : mieux vaut courir 30 bornes plus vite et amortir sur la fin que tenter un negative split et me taper la moitié de la course tout seule. Les kilomètres les plus durs étant du 34 au 41, où tu prends le vent de face, il vaut mieux arriver mal accompagné que seule.

Tu fais 2h24 avec un positive split. Qu'est-ce qui t'est arrivé à la fin ?

Je perds vingt-cinq secondes sur les cinq derniers kilomètres. Une soft explosion, dirons-nous.

Mon cœur, déjà haut, a pris un joli pic quand Jan a voulu accélérer entre le 25e et le 35e : je voyais des kilomètres passer en 3'21-3'22, soit nettement plus rapide que les 3'25 prévus. Au 38e, je pense monter à 188 pulsations. Il a fallu serrer les dents à la mort pour ne pas s'écrouler.

Grâce à Vince, j'avais déjà expérimenté deux fois ce genre d'explosion en séance. Je savais donc qu'il me restait un « buffer » pour tenir en 3'30 (dans un effort démentiel, cela dit). Il m'a fallu vingt bonnes minutes pour retrouver mes esprits après l'arrivée.

Toi qui as couru Paris, Londres, Copenhague, New York, Chicago… Berlin, il a quoi de spécial ? Hormis qu'il est plat.

Déjà, Berlin c'est chez moi maintenant, donc tout est plus simple logistiquement.

Ensuite, c'est la seule course où tu as l'impression de rouler sur un circuit de Formule 1 : tout est méga large, très roulant, et bien sûr flat as fuck. C'est aussi un des rares marathons où tu peux te faire encourager par des mecs sous kétamine un dimanche matin (je les salue).

Le bemol, c'est la prépa : tu dois la faire l'été, pendant que tes potes s'enfilent des bières schmeg tous les soirs. Toi, tu charbonnes. C'est d'ailleurs utile : au moment de prendre le départ, il faut avoir bien en tête tout ce que tu as sacrifié. Ça aide à avoir la gnaque.

24h après le marathon, tu es partie faire l'Oktoberfest à Munich. Tu le recommandes à nos lecteurs ?

J'avais deux marathons en un week-end. Je suis plutôt habitué aux after-parties, mais là, je voulais voir plus grand, réaliser un chef-d'œuvre.
Un ami venu de New York pour la course avait monté toute une équipe pour s'enchaîner sur l'Oktoberfest. Amoureux des défis sportifs, je n'ai fait que me joindre au groupe. On s'est envoyé des Mass dans la gueule et des montagnes russes. Exceptionnel. Est-ce que je le recommande ? Évidemment que non. Est-ce que je le referais ? Évidemment que oui.

Tu peux nous décrire ta semaine type de prépa pour qu'on essaye de percer ton secret ?
Rien de bien exotique : trois séances par semaine. VMA courte le mardi, tempo le jeudi, la longue avec des blocs le dimanche.

Le reste, du footing LENT et du vélo. Deux rides hebdomadaire : une courte (qui remplace un footing), et une grosse ride le samedi, 3h ou 4h, la veille de la longue à pied. Le but, c'est d'attaquer le dimanche avec les cannes entamées pour travailler sur la fatigue.

Et comme j'adore courir lentement (rarement plus vite que 5'45/km, allure RMC AfterFoot Riolo), je plafonne souvent à 80 bornes semaine. Pauvre sur Strava, mais souvent plus de 10h d'entraînement au total. Il faut savoir choisir ses combats, on est pas la pour flex.

Ce qui donne :

Lundi : renfo
Mardi : séance VMA
Mercredi : footing lent ou ride courte 2h
Jeudi : tempo
Vendredi : footing lent
Samedi : ride longue
Dimanche : sortie longue
Très qualitatif, donc, avec le volume déporté sur la selle. J'aime m'entraîner, mais j'aime surtout que ce soit ludique. Borner comme un porc, très peu pour moi. La preuve : mon pic, c'est la dernière semaine, 125 km à pied, et je me pète sur l'ultime séance. Mon corps déteste ça, et il a tenu à me le rappeler !

Un sub-2h20 un jour ?

Vraiment pas. Même si, dans un coin de ma tête, j'aimerais bien faire descendre le record de France féminin. Mais restons raisonnables, on a un slogan à tenir : tirer la course vers le bas.

Crédits photos : @pimrinkes / @rubenschmitz