Pour tout ancien sneakerhead (de l’époque skyblog dans notre cas), la perspective d’un voyage chez Nike à Portland, à Beaverton plus exactement, est un rêve. Une chance de poser le pied en terre promise, de découvrir la chocolaterie de Willy Wonka, la kitchen en fait, là où ont été concoctés les centaines de produits qui nous ont fait tourner la tête pendant toutes ces années.
Alors quand l’opportunité se produit, on retrouve ce sentiment d’excitation et d’impatience, comme la veille de Noël quand on avait 7 ans. Et cette magie fonctionne sur beaucoup d’entre nous puisque mon ami Tdrl, un des plus grands geeks de la chaussure de sport en France, m’implore de lui trouver une place dans mes bagages. C’est très malheureusement impossible et si je suis désolé de ne pas pouvoir l’embarquer, lui est heureux pour moi car il sait ce que cela représente. Aujourd’hui, lui comme moi sommes désintoxiqués (écoeurés ?) de la culture « sneakers » mais c’est maintenant le fan de course à pied, de produits techniques, d’innovation et de performance qui est enthousiaste à l’idée de débarquer dans l’Oregon et de découvrir le programme du ACG Adventure puisque le focus du voyage sera donc le trail running et cette gamme iconique du swoosh à l’occasion de la course Gorge Waterfalls à Cascade Locks, à la frontière de l’Oregon et de l’État de Washington.
Arrivés le mardi 7 avril après un long voyage Paris Seattle Portland, on découvre le centre de la ville des Trail Blazers, pas forcément des plus accueillante, avec une ambiance très calme et plus de crackheads que de sneakerheads dans les rues. Un run de 30 minutes histoire de délier les jambes et d’essayer d’accumuler de la fatigue pour s’adapter au décalage horaire un peu vénère, puis on va se foutre au lit après un dîner typique brasserie cainri, burger, frites, chou-fleur grillé. Au lit devant un match de NBA, demain c’est Disneyland.
Et c’est exactement comme le Disneyland des sneakerheads que Ian (le prénom a été modifié pour cause de trou de mémoire), notre guide british du swoosh, nous décrit les lieux lorsque nous arrivons au Nike World Headquarters (WHQ), tout récemment renommé le Phil Knight Campus, du nom de l’illustre fondateur de la marque. Ian semble comme possédé lorsqu’il parle de la marque, vêtu de son teddy avec en chiffres romains « 25 » dans le dos, comme le nombre d’années qu’il a passé chez le swoosh. Un cadeau, un sésame, pour les employés qui réalisent cette performance de longévité chez Nike.
Après l’introduction de Ian, direction le bâtiment Michael Jordan puis surtout la piste Michael Johnson, iconique, une de plus dans la collection de Fracture, à ranger aux côtés de la piste kényane de Tambach. Insérée comme par magie au milieu des pins, un lieu impressionnant pour les amoureux de track & field. Mais pas trop le temps de s’attarder, direction le bâtiment LeBron James.
Dédié à la recherche et à l’innovation, ce bâtiment abrite les équipes chargées de développer le futur de l’équipement sportif. Et avant d’y pénétrer, on est accueilli au sommet d’une sorte de terrasse en forme de tremplin de saut à ski par les big boss ACG, Scott LeClair (VP/GM Global ACG) et Aaron Belchere (VP/Creative Director Global ACG). Scott, 35 ans chez Nike (pas de teddy pour célébrer ça mais des cheveux blancs sous sa casquette), coupe les enceintes qui crachent du rock et nous incite à répéter après lui « when we say all conditions, we mean all conditions! » et on s’exécute comme possédés à notre tour.
Il passe ensuite la parole à Aaron, casquette, tatouages, bagouzes, cheveux longs et lunettes de soleil, qui tient à bien rappeler que Nike n’est pas qu’une marque de basketball ou de football mais bien une marque de running et de trail running. Il nous raconte l’histoire de la LDV, portée par les Stonemasters, collectif de grimpeurs mythiques des années 70, en 1978 pour gravir le K2 sans oxygène, un moment clé à l’origine de l’idée de lancer ACG.
Une gamme, presque une marque à part comme Jordan, créée avec le but de fournir les meilleurs produits outdoor, pour que les athlètes puissent faire un peu tout ce qu’ils veulent mais aussi qu’ils « have a shit load of fun while they do it ». L’idée est donc aujourd’hui de revenir à ces bases et Aaron nous assure que ce bâtiment LeBron James est occupé par certains des meilleurs. Il dégaine son Radical AirFlow et nous explique qu’il s’agit de la première d’une longue liste d’innovations, développées à partir des besoins et des retours des athlètes Nike, capables de casser les codes et de résoudre les problèmes des sportifs outdoor.
Il est maintenant l’heure de pénétrer dans le building, sous haute surveillance. On dépose nos affaires dans une salle, au mur, photos d’Eliud lors de Breaking 2 et de Ronaldo, le Brésilien, le vrai, et rien que ça, ça fait plaisir. Photos interdites, badges obligatoires. On monte tout en haut pour visiter le Nike Sport Research Lab où le Dr. Matt Nurse, VP Chief Science Officer chez Nike, nous accueille pour nous faire visiter les lieux.
Une sorte d’immense laboratoire avec une piste, des terrains de foot, des caméras et des trackers partout, des tapis, des capsules conçues pour recréer des conditions extrêmes avec des bacs remplis d’eau pour recueillir la sueur des athlètes et analyser sa composition. Des capsules où certaines stars de la marque viennent s’entraîner en amont de compétitions pour s’habituer aux climats intenses. C’est probablement d’ici que sortiront les prochaines dingueries Nike et Nike ACG. Matt et ses équipes vivent déjà en 2030, ils travaillent avec les athlètes ACG sur les produits du futur.
Après un déjeuner dans le bâtiment Serena Williams, on a le droit à une rapide conférence de presse avec le All Conditions Racing Department, notamment avec Caleb Olsen, qui a révélé au monde le Radical AirFlow, et la toute nouvelle recrue chinoise Yao Miao, une des traileuses les plus fortes de sa génération (2 victoires sur l’OCC et 1 sur la CCC).

On enchaîne avec une découverte approfondie de l’univers ACG. Parce que les pratiquants outdoor ne vont pas forcément dans les shops Nike pour se fournir, le swoosh a l’intention de développer de vrais magasins exclusivement ACG, comme il existe des magasins Patagonia ou Arc’Teryx. C’est dans un véritable « prototype » de ces magasins que nous rencontrons les équipes design et produits ACG.









150 m² aux couleurs de la nouvelle DA ACG, avec une sorte de yourte métallique orange dans laquelle nous découvrons la gamme textile et shoes, LDV, Peg ACG Trail, UltraFly 2, nouvelle Zegama et surtout une exclusivité sous embargo, la Zegama Hike, qui conserve le gros amorti de la Zegama avec plus de protection, une semelle plus durable et une plateforme encore plus large et stable.
La paire est belle, particulièrement dans un coloris beige bleu qui nous rappelle la Mowabb. La team d’Aaron nous explique qu’ils s’appliquent à capitaliser sur les origines de la marque pour célébrer l’héritage tout en imaginant le futur avec des produits disruptifs comme le Radical AirFlow. On ne va pas se mentir, ce shop test est rempli de produits très désirables et on n’aurait qu’une envie, se faire quelques outfits bien sentis, pour courir ou juste pour se sentir BG.






















































Mais tranquille pour l’instant. Après en avoir pris plein les yeux, il est temps d’aller manger au cœur de la forêt de pins Douglas, typiques de l’Oregon, puis d’aller dormir pour encaisser ce sacré jetlag.






Lendemain matin, il est temps d’aller tester la nouvelle Zegama en conditions, petite rando dans les cascades, rencontre avec une salamandre et infusion d’orties grâce aux équipes locales de Camp Yoshi, des passionnés de nature et de rando qui vivent dehors dès qu’ils le peuvent.
Ils nous ont préparé un campement impressionnant, full ACG et Snow Peak, juste à côté de la ligne d’arrivée de la course Gorge Waterfalls à Cascade Locks. La stratégie ACG est bien résumée, connexion avec les communautés de passionnés comme les Yoshis, support de courses authentiques et locales, en commençant à la maison, dans l’Oregon.
























On profite de l’après-midi pour aller courir sur les chemins autour de Cascade Locks, mettre la Zegama à l’épreuve et tester le AirFlow sous un soleil inhabituel ici, on a vraiment de la chance. Nike ACG a transformé un bar du centre du village en camp de base de la course où l’on peut retirer son dossard et s’immerger une fois de plus dans un univers All Conditions très abouti.
On s’endort après quelques parties endiablées de Loup Garou au coin du feu, en anglais avec les médias britanniques et allemands, animées de façon impressionnante par Mehdi de Outside Details.






On est déjà vendredi matin, jour de course. Ce sera un petit shake out run sur la fin des parcours de 30, 50 et 100K de Gorge Waterfalls. Avant de partir, Deborah, belle mère de l’organisateur, nous lit le poème qu’elle récite pour les traileurs à chaque départ de la course. En toute transparence, ça devient trop technique pour mon niveau d’anglais, je n’ai pas tout compris, mais cette dame est touchante, tout en humilité et poésie.
Même pas le temps d’attendre l’arrivée des premiers coureurs du 30K, il faut déjà repartir vers l’aéroport pour un Portland Seattle Paris, soit quasiment 24h de voyage avec les escales. Dimanche, il y a marathon de Paris.
Évidemment, difficile d’être objectif après une invitation à un tel voyage. Mais on ne peut que saluer le travail des équipes ACG et leur volonté de revenir aux bases, aux fondations de la marque, reconnecter avec la performance, les athlètes, l’outdoor. Aller chercher l’innovation, se démarquer, se refaire une place dans une discipline en pleine explosion comme le trail.
Cela passe par des échanges, du soutien à des communautés comme Camp Yoshi, de l’énergie et des moyens donnés à des courses avec une histoire, des organisateurs et bénévoles engagés sur le terrain. L’exécution sur la Gorge Waterfalls est un modèle en la matière, avec des primes pour attirer des coureurs de haut niveau, l’engagement des équipes ACG et des athlètes du Racing Department, des moyens pour rendre l’événement attractif comme cette arche métallique orange ACG, les détails des goodies et des dossards.
Le tout en conservant ce qui fait l’authenticité de la course, un podium en rondins de bois, le poème de Deborah, la gentillesse des bénévoles. Ça donne envie de revenir pour prendre part à la course ou de voir ce genre d’initiatives débarquer en Europe et en France. Et si on en croit ce qu’on nous a raconté à Portland, le plan est bien d’enfoncer le clou.




































Crédits photos : ACG / Nick Carnera (Campus & Campfire Stories) / @finnwithanf (The Gorge) / Lionel Jagorel












