Hello Gatien, on te connait bien chez Jolie Foulée mais peux-tu te présenter rapidement, côté taf et côté running ?
Bonjour Jolie Foulée ! Gatien, 32 ans, originaire du Chicago français, aujourd’hui installé à Annecy après être passé par San Francisco et Paris pour le sport, les études, et le taf. Pour ce qui est du CV, je bosse aujourd’hui chez Salomon en tant que responsable de la gamme de souliers running (tout ce qui court). Le sportif est plus difficile à définir. Je suis trop nul pour être bon, mais trop bon pour être nul. J’ai fait mes armes sur 3000m steeple. Aujourd’hui le temps fait son travail. Je monte doucement en distance et songe à faire un marathon et un trail un de ces jours (peut-être un marathon trail d’ailleurs).
On échange aujourd’hui sur un sujet bien précis, la collab Salomon x L’Art. Comment elle est née cette collab avec L’Art de l’Automobile ?
C’est le troisième volet de la saga, après deux collabs Sportstyle. L’univers performance x fashion des deux marques crée une énergie assez unique. La recette était la suivante : un design inspiré d’un véhicule de course appliqué sur des produits Salomon, avec de nombreux détails et la touche L’ART qui fait la différence. Quand on a réfléchi à ce troisième chapitre, on souhaitait pousser l’aspect performance. On est allé rencontrer Arthur et son équipe, et on leur a présenté l’idée de faire une tenue complète de running, en plus d’une tenue lifestyle. Jusque-là, le running à Paris pour Arthur, c’était surtout des routes bloquées un dimanche d’Avril ! Puis, on lui a présenté la S/LAB Phantasm 3, tout le travail en soufflerie qu’on a fait pour optimiser l’aérodynamisme en partenariat avec Swiss Side. En tant qu’ancien mécano chez Porsche, c’était un langage familier pour lui. Il connait tout cet univers du gain marginal associé au sport de haut niveau, les rendus visuels quand on étudie l’aérodynamique. Il a tout de suite embarqué, et les idées aussi bien créatives en matière de design que d’activations fusaient.
C’est quoi ton rôle, tu as bossé sur quoi exactement dans cette collab ?
C’est un vrai travail d’équipe, aussi bien en interne qu’avec le partenaire externe. Sur une collaboration comme celle-ci, je joue un rôle plutôt stratégique. Pour commencer, mon rôle en tant que marketing produit est de gérer tout le cycle de vie du produit, de son idée, à son développement, sa commercialisation, son lancement, son renouvellement etc. Dès l’été 2023, quand on a commencé à travailler le projet S/LAB Phantasm 3, j’avais en tête de faire un moment d’énergie autour de ce modèle au printemps 2026 sur un grand marathon. Dans le plus concret, j’oriente le partenaire vers le bon modèle, en leur donnant le narratif et tout ce qu’on a pu faire sur le modèle de gamme pour les inspirer. Je suis aussi le garant de la pertinence de ce qui est exécuté. Puis je participe à la cocréation, en toute humilité, en donnant mon avis ! Pour le rendu final, le crédit revient aux équipes créatives Salomon et l’Art de l’Automobile qui ont effectué un travail remarquable.
C’était quoi votre objectif au départ et est-ce que le concept a évolué ?
Dès le début, on a souhaité réaliser deux silhouettes inspirées de l’univers de la course automobile. La première serait pour équiper les athlètes marathoniens, la deuxième le crew qu’on peut retrouver lors d’un arrêt aux stands dans les paddocks. On est resté très fidèles au concept initial ! La voiture de course, c’est l’athlète, et à la place des quatre roues, il a deux jambes. On voulait donc des gros logos, un numéro (42), et un design qui raconte aussi l’histoire performance et R&D de la chaussure. De là est venue l’idée de répliquer les zones de pression qui s’appliquent à la chaussure qu’on peut retrouver en soufflerie. Pour la partie Sportstyle, en plus de l’ACS Pro, on retrouve des accessoires qui sont directement liés à la course automobile comme les gants, la Balaklava ou le motomesh.
Dans la collab, il y a la S/LAB PHANTASM 3, une paire très perf. C’était important pour toi de garder ce côté-là ? Peux-tu nous la décrire et nous dire ce qu’elle a de plus, de particulier dans la jungle des modèles carbon ?
Ce qui la rend unique c’est bien sûr tout le travail autour de l’aérodynamisme qui a pu être fait. On est allé jusqu’au bout du process avec notre partenaire Swiss Side, en faisant courir des athlètes dans une soufflerie pour mesurer les gains. Tous les apprentissages en matière d’aéro ont été retranscrits dans le produit : angles arrondis, tous les éléments intégrés, et la guêtre pour couvrir les lacets. Cela donne une silhouette singulière, où chaque élément design est fonctionnel. C’était donc le parfait candidat pour un projet comme celui-ci, où performance et style se croisent. Elle est très performante sur marathon, avec un parfait combo de rebond et d’amorti, en étant moins exigeante que la plupart des modèles à plaque qu’on trouve sur le marché, surtout sur le dernier tiers de course. Aux pieds des athlètes Salomon, ça donne des résultats canons : 4ème place pour Matthia Kyburz sur le marathon de New York, Futsum Zeinasellassie champion des États-Unis sur marathon, et Annie Rodenfels vainqueure du 5km du marathon de New York pour ne citer qu’eux.
Comment tu vois le fait que des athlètes très « core » comme Djilali Bedrani portent la collab ? C’est un peu la rencontre de deux mondes...
Je trouve ça incroyable ! Les athlètes ont des physiques atypiques, quand tu les vois sur la ligne de départ avec une tenue comme celle-ci ça a de la gueule. J’ai aussi appris qu’ils étaient très demandeurs de ce genre de kit. Pour citer l’un d’entre eux, Jimmy Whelann : « If you look good, you feel good, and if you feel good, you play good. » Tout est dit !
Et à l’inverse, le running, la performance qui est aujourd’hui au cœur des milieux plus « mode » à Paris ?
Je pense que ce qui plait aux milieux mode c’est tout ce qui est associé aux valeurs du running, notamment l’universalité. Peu de sports touchent un public aussi large. Sur un même évènement, tu auras toujours le marathon expo bien traditionnel, le shake out run avec musique à fond et les drapeaux, le talk de ton influenceur préféré, et le pop-up bien curated. Il n’y a pas de meilleure option. Il y a juste des préférences. J’y vois une opportunité de se différencier, d’affirmer son identité, d’avoir le sentiment d’appartenance à une communauté. Ce n’est pas ça finalement la mode ? Ce qui est drôle, c’est que je ne connais pas grand monde qui aime courir. Mais ça reste diablement efficace, simple, et bon pour la santé. Tout le monde en bénéficie, et si en plus c’est stylé, tant mieux ! À l’opposé des grands marathons et de cette hype running, il y a un milieu pour lequel je garde une attache très forte : la piste. J’aime son côté puriste, l’esthétique de la piste, qui reste justement hermétique à ces effets de mode. 12 à 16 gonz (pour toi Tonio) sur une ligne de départ qui se battent à coups de dixièmes de secondes dans la fumée des merguez / frites qui cuisent, pour gagner un sac Crédit Mutuel… c’est quand même fascinant !
Toi qui cours à un très bon niveau, ça te fait quoi de voir ces produits sortir du cadre purement perf ?
La passion et la recherche de la perfection qu’on peut mettre dans une pratique ou un produit me fascinent. Pouvoir l’étendre à d’autres milieux ouvre de nouvelles voies, amène de nouvelles idées. De nouveaux codes. Ça rend le sport infiniment plus riche, donc je dis banco.




Est-ce que ça change ta façon de voir ton propre équipement ?
Forcément un petit peu. Mais je ne suis pas le meilleur client : je cours le plus souvent en Salomon, car j’aime la gratuité. Étant taille échantillon, je sers régulièrement de cobaye pour tester des prototypes.
Ta femme Marion a aussi bossé sur le marketing, c’est une histoire de famille cette collab ? Vous en parliez au dîner ?
T’es bien informé. La vraie histoire, c’est que c’est Marion qui a eu l’idée. On se retrouvait à Bruxelles, où je courrais un 3000m steeple. Elle rentrait d’un shooting à Paris justement avec l’Art, moi j’arrivais de Zurich où je venais de réaliser les essais en soufflerie pour la S/LAB Phantasm 3. Je lui parle de drag, vortex, et de formules que je ne comprends toujours pas… et elle de 24h du Mans et de Porsche 911 GTI-98. À la suite de cet échange insolite, elle m’a dit : « ce serait dingue de faire une collab sur la chaussure avec L’art de l’auto ! ». La graine était semée.
Est-ce que cette collab est faite pour les « untalented runners » et quelle serait la pièce à ne pas louper d’après toi ?
Je pense que les « untalented runners » sont les parfaits clients pour garnir leur garde-robe de ces superbes pièces. La chaussure serait une réponse bien trop attendue, je vais donc opter pour la veste Bonatti qui offre un style unique à l’heure de changer les gommes tendres d’hiver vers les pneus durs d’été.
Merci à Gatien ! Crédits photos : @lela__labs & @sauvage111





































