Dakar Running Club

À LA DÉCOUVERTE DU DAKAR RUNNING CLUB

3 décembre 2017 par Jérémie Roturier

Le copain Adrien, qui avait flambé sous nos couleurs lors du Marathon d’Athènes et souffert sur le trail du Sussex Coastal, a profité de son séjour linguistique au Sénégal pour aller à la rencontre du Dakar Running Club. Bien loin des fastes de Bridge The Gap, les créateurs du DRC se sont confiés au micro de notre reporter, reconverti pour l’occasion en coach d’infortune à cause de son beau tee-shirt du PRC. Le cul confortablement posé au bord de l’eau sur la terrasse de « La Cabane du Surfeur », Alioune, Max et Francine nous racontent l’histoire du Dakar Running Club. En sirotant bien évidemment cette magnifique bière locale qu’est la Gazelle.

Salut, pouvez-vous vous présenter en 5 secondes ?
Alioune: Moi c’est Alioune. Les autres fondateurs sont Max, Francine ainsi que Maleine et Awa qui vit au Maroc. On est cinq membres fondateurs.

On veut savoir, comment vous est venue l’idée de créer le Dakar Running Club ?
Max: Sur un coup de tête. À la base on était trois, Maleine, Alioune et moi. On courait un samedi après-midi et en discutant on s’est dit « pourquoi pas créer un groupe, histoire de ramener du monde et de networker. Le soir même on a créé une page sur Facebook. Le week-end d’après on croisait Francine et Codou, une amie à elle, qui ont décidé de nous aider sur la création et gestion des réseaux sociaux, la création du logo et autres créations de contenus. Ensuite Awa, une amie à nous qui vit au Maroc et qui court beaucoup déjà, est venue à Dakar et on lui a présenté le projet auquel elle a complètement adhéré. Elle nous a notamment aidé à la création des premiers t-shirts. Chacun de son côté a essayé de ramener le maximum de monde. On a déjà couru avec une dizaine de personnes. Ce ne sont pas encore des réguliers mais avec le temps ça va venir.

Ça fait combien de temps que le club a commencé ?
Alioune: Ça fait un mois et demi. Il faut dire que sur la communication, Awa et Francine nous ont beaucoup aidé. On voulait déjà juste rassembler les gens autour de la course car on adore ça. Mais on court ensemble depuis un moment, presque deux ans. Les samedis après-midi, on ne fait pas grand-chose donc on se donnait rendez-vous pour un run. On essayait aussi en semaine quand le temps le permettait.

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Paris – Dakar

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Quels sont vos objectifs sur le long terme ?
Alioune : Notre objectif pour 2018, c’est d’aller en temps que club au marathon de Dakar. Ainsi que sur le 10 km et le semi-marathon. Nous souhaitons aussi avoir un groupe d’une trentaine de réguliers d’ici quelques mois. Ça nous permettra d’établir de nouveaux objectifs. On ne ferme la porte à personne pour commencer.

On est plutôt nul en course à pied. Rassurez-nous,  il n’y a pas de sélection pour entrer dans le club ?
Francine: Non, je pense que la sélection sera organique. Il y en beaucoup qui sont venus qui ne reviendront peut-être pas souvent. Ça va se faire naturellement, on veut laisser les gens libres, qu’ils se sentent à l’aise. Après on établira des objectifs de temps, de kilomètres et on divisera par groupes de performances coachés par les capitaines.
Pour l’instant on a deux courses par semaine. On en a une qu’on appelle « le Clasico » qui est celle du samedi, celle qui réunit le plus de monde. On va garder la séance du mercredi pour se focus sur le marathon.
Sur la partie sportive le but c’est d’abord d’avoir des objectifs de course hebdo puis sur le long terme pourquoi pas créer notre propre événement, ça serait marrant non ?!
Max: Au tout début on pensait créer une association pour se formaliser un peu mais on s’est dit que c’était un peu trop tôt. Chacun d’entre nous a des contraintes donc on préfère temporiser pour y revenir plus tard.
Francine: Ce qu’on souhaite aussi c’est mettre en avant Dakar comme une ville active  et dynamique. C’est d’ailleurs pour ça que sur notre logo il y a le double chevron (qui représentent les deux Mamelles, des volcans endormis) et le phare, pour nous symboles de la ville de Dakar qu’on retrouve également sur le blason de la ville. Il faut savoir qu’une grande partie des runners court sur la corniche, il y a donc la une double symbolique.  C’est aussi l’allégorie d’une jeunesse qui ne s’arrête jamais. Personne ne s’arrête jamais. Personne ne dort. Une personne qui a un emploi en a souvent un deuxième. La ville ne dort pas et on veut montrer qu’on est  une jeunesse en pleine ébullition et qu’on n’arrête jamais.

Vous avez mentionné le marathon de Dakar, quel est l’objectif autour de cet événement ?
Alioune: Le marathon est normalement en avril prochain et l’objectif c’est déjà d’inscrire des membres sur la course de 10 km et sur le semi en tant que Dakar Running Club. Ça serait une première grande étape pour 2018 d’y arriver. On a vu sur les courses du DRC des gens qui parfois n’ont jamais couru arriver à terminer des courses de 6 km parce qu’ils sont en groupe et qu’ils sont encadrés par Max, Maleine, Francine, Awa ou moi. On est content de voir ces gens qui ne courent pas en général qui soutiennent notre club sur les réseaux sociaux, nous envoient des messages, font l’effort de venir et finissent une course de 6 ou 7 km. C’est notre première fierté.

Il y a beaucoup de courses au Sénégal ?
Alioune: Il y en a pas mal. C’est sur le marathon de Dakar qu’il y a le plus de communication. En décembre il y a le marathon du Lac Rose Mais la communication autour de l’évènement est moins forte. Il y a pas mal de courses en dehors de Dakar. La course phare reste le marathon de Dakar. Il faut savoir qu’il n’existe que depuis deux ans.

Ah ouais, il n’y avait rien avant ?
Alioune : Il y avait d’autres courses mais pas de manière si officielle. Elles n’avaient pas lieu chaque année. Le cycle des courses est assez irrégulier. Mais comme tu as pu voir Dakar est une ville de sportifs. Les gens courent énormément.

Justement d’où vient cette culture pour la course ? Et même pour le sport en général ?
Max: Le Sénégal est un pays de sportifs à la base. À notre époque il y avait les compétitions inter-scolaires qui ont disparues maintenant. Il y a aussi énormément de jeunes passionnés par le foot, le basket ou le handball même si c’est un peu moins développé ici. L’autre cause est à mon avis la santé. Nous avons une alimentation qui à mon avis n’est pas bonne et certaines personnes se retrouvent à un certain âge avec des problèmes de cholestérol ou de diabète et c’est ce qui a poussé les gens à faire du sport. Quand tu vas sur la corniche tu vois des jeunes mais aussi des gens plus âgés qui courent.
Ce sont les deux principales raisons : notre culture sportive et la santé.

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Tu parlais des tournois inter-scolaires, ça n’existe plus ?
Max: Quand j’étais au lycée, c’était déjà en voie de disparition. Alors que c’était très fréquent pour la génération de mon père.
Francine: Nous on en avait aussi.
Max: Dans le privé oui, à Mermoz, Maristes oui. Mais dans le public ça n’existe plus.
Francine: Nous dans le privé c’était inter-classe puis inter-école (masculin, féminin et mixe). Tu avais des grosses écoles qui s’affrontaient au foot, au basket ou handball. Même au volley !
Max: Alors qu’à l’époque de mon père, tu pouvais faire du foot et du hand. L’équipe nationale était même composée de jeunes qui venaient des écoles comme pour un sport-étude. Aujourd’hui ça a disparu. Mais culturellement le Sénégal est un pays de sportifs.
Alioune: Et de tous les âges en plus.
Francine: Souvent les gens qui courent font ça en plus d’un autre sport. Il y a le foot, la lutte, le basket, le surf, le rugby, le tennis même le golf même si tout le monde ne peut pas se le payer. Ce qui reste le plus abordable c’est la course car il te suffit d’une paire de chaussures.

C’est facile de courir à Dakar ou pas ?
Alioune : Pour les parcours c’est un gros problème. Je proposais justement de faire parfois des courses hors de Dakar, car à part la Corniche on a pas vraiment d’autres alternatives, il y a toujours pas mal de circulation un peu partout.
Max: La plupart des parcours qu’on a fait étaient sur des corniches. Il y a celle d’aujourd’hui sur la Corniche Ouest, la plus fréquentée, celle qui est en centre ville et celle des Almadies. Pour courir dans les quartiers c’est beaucoup plus compliqué. Déjà c’est très accidenté. Il y a un problème de circulation, les routes ne sont pas assez spacieuses et les trottoirs ne sont pas assez larges. Ça, ça peut être un problème. Mais le vrai problème est celui de la distance. Le parcours de la corniche est le meilleur qu’on ait en ce moment mais il faut voir pour étirer la distance. De 6 km pourquoi pas passer à 8 km.
Alioune: On a réussi à augmenter les distances depuis le début et je pense que le meilleur parcours pour ça est celui de la corniche. On a essayé celle du Plateau (Corniche Est) qui est un peu en relief mais tu peux la faire qu’en jour férié ou le dimanche.
Max: Le décor est beau mais je ne suis pas sûr que le tracé soit adapté.
Francine: Il faudrait que ce soit Dakar ville-morte pour pouvoir courir dans de bonnes conditions car même les trottoirs sont embouteillés avec toutes les voitures garées, etc… C’est ça qui est marrant : tout le monde court mais tout le monde court au même endroit. Si la ville était adaptée les gens n’auraient pas à se déplacer aussi loin de leur quartier pour pouvoir courir.

Ça ne doit pas être simple de courir sous cette chaleur.  Comment faites-vous pour vous adapter au climat ?
Alioune: Pour les courses on te convoque très tôt vers 6h30-7h du matin. Tout d’abord parce qu’il fait très chaud. Cette année en avril il commence à faire chaud vers 10h du matin.
Max: Sinon comme tu as vu on doit attendre la fin de journée pour pouvoir courir. On sort d’un mois d’octobre qui est très très chaud au Sénégal et même à 18h tu souffrais de la chaleur qui est en plus humide à cette période là. Mais en ce moment même 15-16h c’est trop compliqué, il fait vraiment chaud.
Alioune: Pour les prochains mois on va essayer de courir à 17h le samedi car il va commencer à faire nuit très tôt. On pense aussi au matin, voir le dimanche matin.
Francine: ouais on a pas mal de gens qui nous demandent à courir en matinée, après qu’ils aient déposé leurs enfants à l’école par exemple.

Pour terminer, est-ce que vous avez un message à faire passer ?
Francine: Tout le monde est bienvenu et nous sommes ouverts à toutes les propositions. Il y a par exemple un club de vélo qui nous a contacté pour voir ce qu’on pouvait faire ensemble. On est ouvert aux collaborations avec des marques, des associations, d’autres clubs !  On est aussi ouvert à l’international. Si des runners de l’étranger viennent à Dakar et veulent se joindre à nous, ils sont les bienvenus. Ça serait super de pouvoir échanger sur nos visions du sport. Tout est possible ! On est une communauté de gens heureux de de de retrouver. On court tous avec la bonne humeur !

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Un grand merci à Adrien pour ce beau reportage en immersion et longue vie au Dakar Running Club. Surtout tenez-nous au courant si vous avez prévu un voyage au Sénégal. On vous mettra en relation avec les potos sur place, qui se feront un plaisir de vous emmener gambader le long de la corniche avec la team.

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