ON TRACK NIGHTS, ITW TEKI LATEX : « NON JE NE VEUX PAS COURIR AVEC VOUS. »

À l’occasion des On Track Nights qui reviennent à Paris le 27 juin, on a voulu poser quelques questions à quelqu’un qui n’a, a priori, rien à faire dans un média spécialisé course à pied. Le père Latex, figure incontournable de la scène électronique française depuis TTC, va mixer ce soir-là au Stade Émile Anthoine. Son rapport au sport ? Poétique. Son rapport à la musique ? Lui, en revanche, est intact, et c’est précisément pour ça qu’on est allé le chercher : parce que chez Jolie Foulée on a passé notre vingtaine à écouter Antenne 2 et Googlez ma gueule et qu’on aime les gens qui détestent courir. Interview untalented avec un type qui n’a jamais couru un 400m, mais qui a sa place ici comme personne.

Salut Teki, peux-tu nous parler de ton rapport avec le sport ? Quel sport tu suis, quel sport tu as pratiqué ? Est-ce que c’est quelque chose qui a une place dans ta vie ?

Mon rapport au sport est pour ainsi dire très théorique. Abstrait. Hypothétique. Où est le sport dans ma vie ? Sur une perpétuelle liste de bonnes résolutions jamais tenues ? Comme une idée projetée sur la cave de Platon ? C’est un rapport qui relève du domaine de l’intangible.

Jolie Foulée c’est un run club où certains détestent courir. Notre bio Insta dit « Some of us train, most of us don’t. We all drink and party. » Toi tu te situes où sur ce spectre ?

Moi si vous voulez je vous regarde, parce que drink and party ça me fatigue aussi, c’est déjà trop de sport pour moi. Je suis dans la zone « eat and watch TV » de ce spectre.

Si on te lance le défi un jour de préparer et de courir avec nous un 5km, une vraie course, avec un dossard, etc. C’est quelque chose qui pourrait te motiver ou tu ne veux même pas en entendre parler ?

Non je ne veux pas courir avec vous. Et puis courir pour aller où ? Au restaurant ? Dans ce cas je veux bien marcher et arriver un peu plus tard. Je vous rejoins. Vous pouvez commander avant que j’arrive ? Je veux bien un pâté en croûte en entrée suivi d’une saucisse purée. Et puis pourquoi ce besoin de courir entre copains ? Vous parlez en même temps que vous courez ? Comment faites-vous pour respirer simultanément ? Vous vous racontez quoi ? Des petites blagues pour passer le temps ?

Est-ce qu’il y a un athlète qui t’inspire, et pourquoi ? Pas forcément un runner, juste quelqu’un dont la trajectoire te parle.

C’était qui le tennisman qui faisait tout le temps chier les gens ? John McEnroe. C’est lui que je choisis. Trajectoire inspirante.

Tu peux nous donner trois sons pour se mettre en condition avant de s’élancer pour la gagne sur le 1000m de On Track Nights ?

Wata Igarashi – Turbulence
MMM – Nous sommes MMM
Mark V & Poogie Bear – Hit Me

Et tes 3 sons pour récup tranquille sur le canapé après.

Faith No More – Easy
Mai Yamane – Tasogare
Animal Crossing Movie Soundtrack – K.K. Bossa (orchestral)

Est-ce qu’on peut mixer sur un meeting d’athlétisme sans avoir jamais couru un 400m de sa vie ?

Ouais on peut tout faire tu sais, il suffit de croire en ses rêves. Après je pense que le DJing en soi c’est un sport. Un long set ça se construit et ça se prépare comme un marathon, sur le plan conceptuel comme sur le plan physique : il faut garder les gens sur la piste, ne pas trop les fatiguer, bien répartir son énergie sur la longueur. Moi quand je regarde mon podomètre après chaque set j’en ai fait des kilomètres, limite trop. D’ailleurs taper du pied pour battre la mesure pendant mon set m’a causé une tendinite doublée d’une bursite au tendon d’Achille, c’est très sérieux et ça fait très mal. Je suis en train de régler ça à coup de semelles orthopédiques et de séances de kiné mais c’est vraiment pas des blagues, d’ailleurs maintenant mon kiné me suit sur certaines dates. Donc j’aimerais dire aux DJs qui me lisent : portez des chaussures de marathon quand vous faites de longs sets je vous en conjure, vos pieds vous remercieront.

On sait que t’es geek des shoes. T’as une paire de running qui t’a vraiment marqué, techniquement ou esthétiquement ? Et est-ce que la technologie LightSpray de On, une empeigne tissée par un bras robotisé en 3 minutes, c’est le genre de truc qui te fait réagir en tant que geek de produit ?

Moi j’adorais l’époque où l’on portait des chaussures qui s’allumaient quand on marchait, ça c’était vraiment le futur et je ne comprends pas du tout pourquoi l’être humain n’a pas jugé utile d’approfondir cette technologie révolutionnaire dans le monde du running. C’était la promesse d’un monde meilleur où tout le monde serait au courant à chaque fois qu’on poserait le pied par terre. Encore une promesse non tenue par l’industrie bottière.

Manga, série, film, quelle scène de course ou de sport t’a mis une vraie claque émotionnelle ? Celle où t’as compris que le sport c’était pas que du sport.

Grosse claque émotionnelle pendant le dernier acte du film Dodgeball: A True Underdog Story lorsque le personnage joué par Vince Vaughn place un bandeau sur ses yeux avant d’envoyer la balle pile dans la face de Ben Stiller, gagnant ainsi le championnat. Je me suis dit que c’était une belle leçon de dépassement de soi et j’ai réalisé que le dodgeball, ce n’était pas que du dodgeball.

On Track Nights c’est un meeting d’athlétisme avec une bande-son et une ambiance de festival. Pour toi qui es de l’autre côté de la console ce soir-là, c’est quoi l’enjeu : faire oublier aux gens qu’ils sont dans un stade, ou au contraire leur faire sentir que la musique et le sport ont toujours été faits pour se retrouver au même endroit ?

Il y a un enjeu particulier pour moi puisque cette fête a lieu dans un stade du 15ème arrondissement où mon école nous emmenait faire nos cours d’éducation physique quand j’étais jeune. On prenait un bus et on allait faire de l’athlétisme au stade Suffren. Je me souviens passer en bus devant un McDonald’s et mon ami m’avait dit « maintenant il y a des grandes frites au McDonald’s » et je l’avais pris littéralement, genre il y avait des frites géantes taillées dans des pommes de terre anormalement grosses, ce qui me faisait rêver en rentrant du stade. Du coup jouer là-bas pour moi c’est un peu boucler la boucle. Revoir le petit enfant asthmatique que j’étais, un petit enfant tout à fait lamentable en éducation physique, et lui taper gentiment sur l’épaule en lui disant « ne t’inquiète pas petit Julien, tu n’as pas eu besoin du sport pour devenir quelqu’un, et aujourd’hui on te paye pour jouer dans ce stade, et pendant que j’y suis les grandes frites du McDonald’s c’est pour décrire la taille du cornet pas la frite elle-même. Mais ça va aller. »

Tous les ans, après le marathon de Paris, on fait une grosse after party le dimanche soir. Est-ce qu’on peut compter sur toi pour le marathon de Paris 2027 ?

Pas sûr parce que j’ai cru comprendre que cette année ça tombait le même jour que l’after party du Concours de Mangeage de Hot Dog de Paris dont je suis traditionnellement le DJ officiel chaque année depuis sa création, fidèle au poste.

Merci à Pretty Teki pour ses réponses pleines d’enseignements. Pour venir voir notre team untalented courir et assister au set de Teki à On Track Nights, c’est samedi prochain, 27 juin, c’est par ici et c’est gratuit.

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