INTERVIEW D’ANTONY ALEIXANDRI DE RELOAD QUI A BOOKÉ UN AEROPORT POUR LA TARMAC RACE !

Il y a des gens qui parlent de faire des trucs. Et il y a Antony Aleixandri. Co-fondateur de Reload, le genre de gars qui n’attend pas la permission pour créer ce qu’elle a envie de vivre. Résultat : la Tarmac Race, une course à pied sur le tarmac d’un aéroport en activité, sold out pour sa première édition. On a posé des questions à celui qui est en train de mettre Valence sur la carte de la course à pied et du vélo en France.

Salut Antony ! Présente-toi pour ceux qui ne te connaissent pas, d’où tu viens, ce que tu fais dans la vie, et ce qui t’anime en dehors de la course à pied.

Je m’appelle Antony, je suis natif de la région valentinoise. Après avoir passé 7 ans chez Nike dans le retail, je me consacre aujourd’hui à 100 % au développement de Reload. Passionné de sport depuis mon plus jeune âge, et particulièrement de football, j’ai intégré le centre de formation de l’Olympique Lyonnais de 12 à 16 ans, aux côtés de la génération de Samuel Umtiti et Corentin Tolisso. J’ai également un fort attrait pour la mode, les produits, la culture, la musique, l’art et, bien sûr, le sport en général. Le reste du temps, je le consacre à ma copine et à ma famille. Je sors finalement assez peu.

La course à pied, t’y es venu comment ? Et ce que c’est devenu, ce joyeux bordel de runs, de collabs, de communautés, t’en penses quoi ?

J’ai toujours été attiré par les sports d’endurance, notamment la course à pied et le vélo. J’ai commencé à pratiquer le running de manière très assidue peu avant le Covid, et cette discipline a rapidement pris une place importante dans mon quotidien.
Avec le recul, je trouve qu’une bonne partie des initiatives et activations que l’on voit aujourd’hui dans le running manquent parfois de sens. Beaucoup semblent davantage guidées par l’opportunisme que par une réelle vision, le running étant devenu un véritable phénomène de mode. À moyen et long terme, je ne suis pas convaincu que cette approche soit forcément bénéfique pour l’industrie.
On a parfois l’impression d’assister à une course à l’activation la plus spectaculaire ou la plus rocambolesque. Beaucoup de running clubs, de manière générale, peinent à apporter une véritable identité, une sensibilité ou une vision qui leur soit propre. Le plaisir de courir reste là, bien sûr, mais l’écosystème manque parfois de profondeur et de singularité.
À présent, selon moi, c’est un enjeu pour les marques de prendre parti en s’engageant avec des personnes qui apportent quelque chose à cet écosystème et qui assument leurs convictions, plutôt que de vouloir être présentes partout.
Lors de certaines activations, je le ressens : c’est devenu du consommable. Les gens créent du contenu, se précipitent pour publier leur post, tous les contenus se ressemblent et, en l’espace de 24 heures, tout le monde est déjà passé à autre chose. Plus personne ne prend vraiment le temps d’apprécier quoi que ce soit. C’est oppressant.
J’ai parfois l’impression que l’on est davantage dans une logique de production de contenu que dans une véritable volonté de créer des expériences qui ont du sens. Tout va très vite, et l’attention se déplace constamment vers la prochaine nouveauté.
Cela dit, il y a une chose qui reste fondamentalement positive : les gens font du sport. Et peu importe la raison qui les pousse à s’y mettre, c’est une excellente nouvelle. Je vois les générations plus jeunes particulièrement investies dans le sport, parfois même un peu trop, haha, mais c’est incontestablement une bonne chose.
Aujourd’hui, l’enjeu est surtout de s’entourer des bonnes personnes et de continuer à innover sans chercher systématiquement à faire quelque chose d’extravagant. Créer de la valeur, proposer des expériences cohérentes et authentiques, parfois avec des idées simples, est souvent bien plus pertinent que de vouloir en faire toujours plus. Cela demande beaucoup de temps et un niveau de concentration extrême. Selon moi, on ne peut pas chercher à innover en permanence sans risquer de tomber dans quelque chose de kitsch. Le plus important est de trouver le juste équilibre.

On s’est croisés plusieurs fois et je t’observe sur les réseaux. T’es clairement un geek de produits. Matériel vélo, équipement running, collabs limitées… C’est quoi cette relation que t’as avec le produit et l’image ?

J’ai toujours été passionné par les produits. Depuis tout jeune, dans le football, j’étais fasciné par les Mercurial de R9. Pour les sports d’endurance, tout a commencé en 2012 avec le lancement de la technologie Flyknit par Nike. Là aussi, j’étais captivé par les Flyknit Trainer portées par Michael Phelps lors des cérémonies de remise des médailles aux Jeux olympiques de 2012.
Je suis également attiré depuis toujours par les produits plus orientés mode issus de l’univers du sportswear. Cependant, cet univers m’a longtemps paru plus superficiel que celui du sport, ce qui explique pourquoi je me sens davantage à l’aise avec les produits sportifs aujourd’hui.
J’aime beaucoup l’idée d’apporter ce crossover lifestyle à la course à pied et au vélo. Croiser les synergies et les codes avec justesse, sans tomber dans l’excès, est quelque chose que je trouve particulièrement inspirant et stimulant.

    Parlons de Reload. C’est quoi, et où tu veux l’emmener ?

    Aujourd’hui, Reload est pour moi un modèle hybride, même si je sais que c’est un mot très à la mode ! Nous avons la capacité de créer des activations sociales et de mettre notre communauté au contact des marques, que ce soit dans le running, le vélo ou encore l’Hyrox. Nous sommes aussi capables d’accompagner des campagnes ou des lancements de produits en créant du contenu.
    En parallèle, nous avons également l’ambition de développer nos propres produits. Si tu me demandes aujourd’hui comment je perçois Reload et où je souhaite l’emmener, je dirais que nous sommes davantage en train de construire une marque au sens large qu’un simple média ou running club.
    Mais au fond, la conviction qui m’a poussé à créer Reload n’a jamais changé. Mon objectif a toujours été de créer de la valeur humainement, de favoriser l’inclusion et les rencontres. J’aime prendre du temps pour les gens, leur faire vivre de bons moments, les aider à sortir de chez eux, à rencontrer de nouvelles personnes et à se sentir valorisés. C’est cette dimension humaine qui reste, pour moi, le véritable moteur du projet.

    L’idée de faire courir des gens sur un aéroport en activité, elle est sortie d’où exactement ?

    Nous recherchions un équilibre entre un lieu atypique et singulier, tout en restant propice à la performance. Le tarmac nous a rapidement semblé être l’endroit idéal. Sa dimension aéroportuaire correspondait parfaitement à la direction artistique que nous avions en tête et à l’univers que nous souhaitions créer autour de l’événement.

    Ce qui va rendre cet événement différent, c’est quoi pour toi ?

    Ce qui rendra cet événement différent d’une course classique, c’est avant tout le lieu et l’espace dans lesquels il se déroule. Ensuite, il y a toute la direction artistique qui l’entoure : l’identité visuelle, les communications et l’univers global de la course. Oakley reste une marque à part, assez énigmatique, qui ne s’associe pas à n’importe quel projet ni dans n’importe quelles conditions. Cette collaboration apporte donc une dimension particulière à l’événement.
    Le village de course constituera également l’une des grandes valeurs ajoutées du projet. Beaucoup d’événements revendiquent un village festif, mais la réalité est souvent bien différente. De notre côté, nous nous engageons réellement à créer un écosystème inclusif, dynamique et porté par une énergie positive. Mon objectif est que chacun s’y sente à sa place, dans un environnement chaleureux et vivant, loin des espaces aseptisés où l’on peut parfois ressentir une forme de jugement.
    Nous sommes également très fiers de pouvoir faire venir à Valence des marques aussi prestigieuses, ainsi que les meilleurs coureurs locaux et plusieurs références de la scène nationale. Valoriser notre territoire, mettre en lumière ses talents et créer des passerelles entre les acteurs locaux et les grandes marques est une véritable source de fierté pour nous.

      On a essayé d’amener quelques solides coureurs de notre côté, et même pour eux la start list fait un peu peur. C’était une priorité pour toi d’avoir du très haut niveau dès la première édition ?

      Oui, c’est une priorité pour nous de mettre en avant le niveau de performance et l’engagement sportif. Ces dernières années, les run clubs ont énormément contribué à rendre la course à pied plus accessible et à accueillir de nombreux coureurs débutants. C’est une évolution très positive et je trouve cela formidable.
      Cependant, je pense qu’il est tout aussi important de valoriser celles et ceux qui s’entraînent avec beaucoup de rigueur, souvent en parallèle d’une vie professionnelle exigeante, et qui consacrent une grande partie de leur temps et de leur énergie à atteindre un niveau de performance élevé.
      Aujourd’hui, avec l’influence de Strava et des réseaux sociaux, certaines performances ont tendance à être banalisées. Pourtant, courir un 10 km en 40 minutes n’a rien d’anodin. Cela représente des années d’entraînement, de discipline et de sacrifices. Il est important de continuer à reconnaître et à célébrer cet investissement.
      Depuis le premier jour, c’est d’ailleurs l’une des convictions fondatrices de Reload : être capable de créer des événements où un coureur qui vaut 30 minutes au 10 km prend autant de plaisir à participer qu’une personne qui court ce même 10 km en 50 minutes. Pour nous, il ne doit pas y avoir d’opposition entre inclusion et performance. Chacun doit pouvoir trouver sa place, quel que soit son niveau.
      À la fin, cela reste du sport. La performance existe à toutes les échelles, et progresser par rapport à soi-même mérite autant de respect que la recherche de l’excellence. Notre rôle est de créer un environnement où chacun se sent reconnu pour son engagement, quel qu’il soit.

      C’est quoi le signe que la course, la soirée seront réussies pour toi ?

      Voir les gens se sentir à l’aise dans notre écosystème et ne pas se sentir jugés.

      Monter un truc comme ça à Valence, c’est un choix fort. Beaucoup de choses se passent à Paris. Comment c’est reçu localement et c’était galère à mettre en place ?

      Oui, cela a été difficile au début, et cela peut encore l’être aujourd’hui, notamment sur les projets les plus ambitieux. Les marques ont souvent des stratégies liées à leurs key cities, et certaines activations ou certains projets sont attribués principalement pour des raisons géographiques.
      Au fond, la pertinence de ces choix m’importe assez peu. Je préfère rester concentré sur ce que nous devons accomplir et sur notre mission : créer de la valeur. Pour moi, il n’y a pas de petit projet. Nous nous investissons avec la même exigence et la même énergie sur chacune de nos activations.
      Lorsque je participe à certains grands événements, je suis parfois impressionné par l’ampleur des budgets engagés et des dispositifs mis en place. Pourtant, j’ai aussi le sentiment que cela ne se traduit pas toujours par une meilleure expérience pour les participants. Aujourd’hui, beaucoup de choses sont devenues presque banales : voir des marques investir des sommes considérables ou déployer des installations spectaculaires est parfois perçu comme la norme pour les gens.
      De mon côté, je reste convaincu que la valeur ne se mesure pas uniquement à la taille d’un budget. Ce qui compte, c’est la qualité des échanges, l’authenticité des rencontres et l’impact que l’on crée pour les personnes présentes sur le terrain.
      C’est pourquoi il est aussi important pour nous de collaborer avec des entreprises locales, proches de notre territoire, et d’offrir à notre communauté l’opportunité d’accéder facilement à ces expériences. En parallèle, nous sommes également heureux de pouvoir nous déplacer à Paris ou sur d’autres événements d’envergure pour interagir avec des acteurs majeurs de l’industrie.
      Reload n’a jamais été pensé comme un groupe de cinq ou six amis qui se mettent en avant. Reload est avant tout une communauté au sens large, un espace de rencontre et de partage où chacun doit pouvoir trouver sa place et contribuer à sa manière à l’aventure collective.

      Chez Jolie Foulée on parle au nom des untalented runners, ceux qui se posent la question « qu’est-ce que je fous là ?? » dès le deuxième kilomètre d’un 10K. Est-ce que la Tarmac Race c’est aussi pour eux ?

      Bien sûr, les valeurs que vous défendez ainsi que l’image que vous véhiculez sont en parfaite adéquation avec notre vision. Cette cohérence est d’autant plus forte grâce à la singularité qui vous caractérise et qui vous distingue dans votre univers.

      Pour finir, merci pour l’énergie et la fraîcheur que Reload met dans ce milieu. On a envie de savoir d’où ça vient : t’as des inspirations ? Des gens, des projets dont le travail t’anime et que tu voudrais nous recommander ?

      Je pars d’un postulat assez simple : fondamentalement, personne n’invente quoi que ce soit seul. Mes inspirations viennent des nombreuses heures de veille que je consacre depuis 2012 à la mode, au sport, à l’histoire, à l’héritage des marques et, plus largement, à la culture.
      J’ai également la chance d’être entouré de personnes très proches qui m’apportent énormément dans leurs domaines respectifs. Leurs regards, leurs expériences et leurs conseils me permettent de prendre du recul, d’enrichir mes réflexions et d’apporter davantage de cohérence et de profondeur au projet.
      J’essaie d’avoir une réflexion un peu plus approfondie sur ce que j’observe dans ce milieu et de ne pas me comporter comme un simple consommateur. C’est la même chose pour les réseaux sociaux : je fais attention au contenu que je consomme et j’évite de me disperser ou de me perdre dans un flux d’informations permanent.
      Je souhaite remercier personnellement tous les partenaires qui s’engagent à nos côtés et nous accordent leur confiance.
      Merci à mon équipe, qui m’accompagne au quotidien et déploie une énergie incroyable pour faire en sorte que chacun passe un bon moment et profite pleinement de l’expérience.
      Je tiens également à remercier chaleureusement chaque participant pour son intérêt, son enthousiasme et sa confiance envers notre course.

      Pour suivre Reload leur instagram est ici. Pour suivre la Tarmac Race qui aura lieu ce samedi 13 juin, c’est ici.

      Photos Antony Aleixandri.

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