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LA COURSE À PIED DÉPASSE LES BORNES

25 juin 2015 par Jérémie Roturier

10 Juin 2000. 12 ans. Affûté comme un Gillette Mach III. Dossard épinglé au tee-shirt Waïkiki. Le petit Claude est prêt à faire parler la poudre dès le coup de feu du Cross de Villy-le-Peloux. 6 kilomètres dans les champs boueux et la forêt sinueuse. Un top 10 à aller chercher et surtout des tas de petites à impressioner. Pain au lait et chocolat noir à l’arrivée, parents à moustaches et tee-shirts cotons publicitaires rentrés dans le pantalon, la course à pied, la vraie. Celle qui se retrouve dans l’encart sport du Dauphiné Libéré, pas sur jadoretroplerunningdepuis1an.blogspot.com.
10 Juin 2015. 27 ans. Affûté comme un Bic jetable. Dossard épinglé au tee-shirt Boost Barbès. Claude retrouve ses copains d’École de Commerce sur le Quai du RER A pour aller se fendre la gueule au Moude Day. Pas de chronomètre, surtout des obstacles à surmonter et des bonnes tranches de rigolade. Red Boules et tee-shirt Finisher à l’arrivée, des photographes et caméras tout au long du parcours, musique à balle, le running, trop kiffant. Celui où on retrouve toutes les photos sur Facebook, pas sur le jetable du daron.

Les temps changent, c’est vrai. La course à pied a le vent en poupe, c’est vrai. On est bien content chez Jolie Foulée car ça fait grimper notre audience, c’est vrai. Mais quand même, est-ce-que 10 événements de runs clubs différents tous les soirs à Paris ce n’est pas un peu trop ? Les organisateurs ne vont-ils pas trop loin pour capter tout le potentiel de coureurs ? Est-ce-qu’il ne faudrait pas se rappeler les origines de la course à pied pour respecter son authenticité ?
Quand la course à pied dépasse les bornes.

 

LES COURSES À THÈME

Boudées par Ben Arfa, les courses à thème rappellent les soirées du Nouvel An déguisées. Plus on est de foufous, plus on rit. Les premières à avoir lancé le mouvement et les plus célèbres sont les courses à obstacles dans la bouillasse. Le Mud Day, la Spartan Race et tout ce qui se court dans la boue avec des palissades à escalader tirent leur inspiration du parcours du combattant et des combats de boue de Fort Boyard. Exigentes physiquement, ces épreuves ont su séduire des milliers de coureurs en herbe. L’idée de départ est intéressante, même si on regrette l’absence de chrono et la communication à outrance autour de ce phénomène.
Dérivées des éditions américaines et australiennes, les courses à couleur expriment ces excès de coolitude qui frappent le running aujourd’hui. La Color Run, la Color Me Rad, ou le Run Coloriage ont réussi à transformer une force en une faiblesse. Alors que le concept de se foutre de la couleur plein la tronche pourrait nous faire marrer, les organisateurs ont tout foutu en l’air en supprimant tout défi sportif de l’événement. Comme le dit Graine de Sportive, « la Color Run est au running ce que sont les patinettes au ski ».
D’autres courses changent les règles du jeu pour tenter d’apporter un vent de fraîcheur dans le secteur. L’Electric Run remixe le concept en proposant une course/soirée électro. Before party, run à travers des portiques phosphorescents et animations psychédéliques, after party, courez comme si vous aviez pris du LSD. Une expérience pas forcément désagréable par ailleurs. La Défi Run propose un concept auquel nous n’avons absolument rien compris. « 1 course, 4 défis ». Agility, Speed, Strong, Resist, des défis incarnés par des athlètes plus très frais, un événement sponsorisé par une assurance. C’en est trop pour nous.

party

LES COURSES FOIREUSES

Comme un pet foireux, certaines courses réservent parfois de mauvaises surprises. Pourtant excitantes sur le papier, les petits aléas de la vie font que tout ne se passe pas toujours comme prévu et l’expérience proposée s’avère finalement décevante. La Parisienne, qui est pourtant à l’origine du renouveau de la course à pied auprès des jeunes et des femmes, n’a pas su maintenir une expérience au niveau du semi-marathon de Paris ou des 10km Paris Centre. Un parcours nain de 6,7 kilomètres, 15 000 coureuses et des cours de musculation du périnée, la course rassemble un peu tout et n’importe quoi. De vrais athlètes aux avant-postes et des mémères qui marchent en jean avec leur chien tenu en laisse devant la voiture balai.
À notre grand regret, le marathon de Bordeaux Métropole figure dans cette rubrique. Tout avait l’air si beau. Un marathon en plein coeur de Bordeaux, le premier de nuit dans une grande métropole française, et en plus sponso par Nissan. Grands fans de la Nissan Panda, nous étions super impatients de voir ce que cette course prometteuse allait donner. Et puis le déluge s’abattit. Dionysos, a dû sacrément abuser sur le St-Emilion et a déferlé son ivresse sur les pauvres organisateurs. La grêle, la pluie, le vent s’en sont pris à la chronométrie pour la faire sauter et faire vivre un vrai calvaire aux courageux participants. La poisse.
Et pourtant… La Nike Women’s Paris est sans contexte une des plus belles courses en territoire urbain de France. 4 semaines d’événements de préparation inimitables pour ces belles, un village départ à la Cité de la Mode et du Design dans un des endroits les plus cools de Paris (et un de nos territoires nocturnes favoris), des tee-shirts de course d’une allure rare et deux distances au choix. Et malheureusement, le revers de la médaille. Des filles dévastées de ne pas avoir eu la récompense qu’elles rangeront au fond de leur tiroir pour la ressortir à leur prochain déménagement, ont hurlé leur grief sur les réseaux sociaux. Des personnes invitées à la course, n’y ayant souffert d’aucun désagrément, ont tenu à rédiger des articles à charge contre l’organisation par solidarité avec leurs copines. Des effrontées réclament même de connaître leur classement. Certes, la course a connu quelques couacs inhabituels de la part de Nike. Est-ce-que le village départ des 10km de Magny le Hongre Val d’Europe est mieux que celui de la Cité de la Mode et du Design ? La taille des tee-shirts Kalenji qui y sont distribués correspond-elle mieux ? Qui la veut la médaille des 10K de Magny ? On vous l’accorde, la queue pour récupérer son dossard est moins longue.

werunparis

LES COURSES DE CHARITÉ

Pourquoi se faire chier à courir 10 bornes pour reverser 10 centimes par inscrit à l’association Levrette Fugain alors que chacun peut faire un don directement ici  ? Les courses au concept farfelu se multiplient en se cachant parfois derrière la bonne excuse de la charité. La Wings for Life, la course de Red Bull dont on a toujours rien compris au concept, reverse ainsi des pépettes à l‘association éponyme. Un départ de Rouen (rien que ça c’est osé), un parcours sans fin, une voiture qui rattrape les coureurs trop lents, un classement basé sur la distance parcourue. La charité a bon dos. Et puis, qu’on se le dise, les oeuvres caritatives il y en a un peu ras la casquette. On donne déjà de la caillasse dans les petites maisonettes posées sur le comptoir au McDo.
La course Odyssea serait l’endroit parfait pour choper. Des milliers de filles en petit tee-shirt rose sexy dans 9 villes en France. Malheureusement, l’objectif étant de collecter des fonds pour lutter contre le cancer du sein, toute tentative de zouk dans le peloton sur la ligne de départ serait très malvenue.
Au fond s’il y en a un qui s’en sort bien, c’est Lance Armstrong. Tricheur, menteur, manipulateur, il est désormais interdit de courir tout type de course, y compris les courses de charité. Un comble pour un survivant du cancer des testicules.

Course

Heureusement, il y a quand même quelques courses qui méritent d’être courues dans tout ce fracas. Des courses authentiques, qui vous ramènent aux origines de ce sport que nous aimons mais qui aime nous détester. Nous n’avons pas souvent de bons conseils à vous donner, mais pour une fois cela pourrait vous intéresser. Évadez-vous, tentez de nouvelles expériences peut-être moins sous les feus des projecteurs, mais tout aussi intéressantes. Inscrivez-vous aux 10km de Saint Symphorien d’Ozon, à la Ronde Forestière du Somail, au Cross du Sud-Ouest, à l’Andorra Ultra Trail, à Marseille-Cassis, à la Sainté-Lyon.

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About Jérémie Roturier

Sportshaolic & writing junkie.

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  • Scandaliche

    Enfin!! Bordel, je suis tellement d’accord!! Pour avoir fait le Défi Run l’année passée, c’est une vaste blague.

    Les courses colorées, j’en parle même pas… Ca doit être le ratio km parcouru/défi sportif le plus pété de l’histoire du monde.

    En revanche, le Mud Day, c’est solide. Certes, c’est cher mais l’organisation est au poil et les obstacles en sont vraiment. J’ai également fait Bordeaux (Marathon Duo), j’ai fait parti des chanceux qui ont évité le déluge mais gros point noir sur le chronométrage car en duo, on a juste le temps global de la course et pas le temps de chaque coureur…

  • Montaine Lopez

    Étouffant en somme.
    Mais pour Bordeaux, je ne suis pas de votre avis, sur le Semi, c’était (presque) parfait. Donc retentez en 2016 sur cette distance, mieux organisée que le marathon.
    Mais si c’est comme la Zumba, ça s’essoufflera et on sera enfin plus seuls à courir les foulées de Petin les Oies et arpenter gaiement les rues de la capitale sans rentrer de plein fouet dans un groupe de runners survoltés.

    • Tu as raison, le semi a été sauvé des eaux. De toutes façons le marathon c’est trop long ;)

  • Yoann Rochette

    « About Jérémie Roturier … Work for NIKE. Un léger souci de neutralité, non ? L’article est globalement plutôt bien écrit à part le passage sur la course Nike Women’s Paris qui était dispensable pour des raisons assez évidentes.

    Nike n’est pas l’alpha & l’oméga. Je n’ai rien contre eux, mais il faut reconnaitre que les courses organisées à Paris ou Amsterdam ont été un fiasco pour ne me baser que sur ce que j’ai vu (en tant que photographe pour Nike Women’s Paris) ou entendu de la part de proches (Nike Women’s Amsterdam). A eux maintenant de tirer les leçons et de revenir l’année prochaine avec une meilleure organisation. Un peu d’humilité et d’auto critique ne leur fera pas de mal ;)

    • Merci pour ton message Yoann, c’est toujours intéressant de recevoir des avis extérieurs.
      Tu noteras que je l’ai quand même classée parmi les « courses foireuses » ;)

      À+
      Jérémie

  • Tom70s

    Souvent organisé par des assos, des sponsors, ces courses « fun » manquent de l’appui des clubs ou fédérations qui sont peut-être moins bons en communication, mais meilleurs pour gérer les aspects sportifs d’une course (chrono, ravitaillement, signalisation…).

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